27 avril 2006

La solitude engendre la solitude

J'ai fréquemment remarqué cela chez les autres, sans véritablement bien me l'expliquer : les gens seuls qui se plaignent de leur solitude s'enferment souvent dans un processus dont ils ne parviennent pas à sortir, sans avoir l'air de s'en rendre compte. Je me disais que c'était justement parce qu'ils passaient trop de temps à se lamenter et finalement n'envisageaient plus vraiment d'autre manière de vivre. (S'enfermer dans UNE façon de vivre et de penser, c'est d'une manière générale LA chose à fuir, à mon avis.) On est le plus souvent malheureux d'être seul, sauf quand on ne l'est pas assez et qu'on a besoin de s'échapper, et pourtant on s'y fait. C'est bien le pire. On s'habitue à tout. Où que l'on soit, on parvient toujours à se créer son petit monde à soi, un petit minimum qui permet de survivre, de se donner des buts, des lignes de conduite, des convictions. Et on finit par ne plus envisager autre chose. Dans le meilleur ou le pire des cas (cela dépend du point de vue), on peut même finir par croire qu'on y trouve notre compte et qu'on est bien comme ça. Je me rappelle le sketch de Muriel Robin sur la solitude, particulièrement cruel, qui parle de cela.
La lucidité n'est pas toujours une chance.

25 avril 2006

Les gens bien

Quelqu'un de bien, c'est quelqu'un qui a son âme tapissée, au fond, de façon profondément naturelle pour ne pas dire innée, d'un instinct d'honnêteté, de droiture et de gentillesse désintéressée. Les gens bien ne savent pas qu'ils appartiennent à cette catégorie, justement parce qu'ils ne le font pas exprès. Les gens bien ne sont pas forcément intelligents, ni forcément idiots. Les gens bien sont bienfaisants et incorruptibles. Les gens bien sont toujours humbles.
On ne devient pas quelqu'un de bien. On peut parfois avoir les mêmes comportements, parfois faire un bien équivalent à autrui, avec sincérité, mais sans être quelqu'un de bien, simplement parce qu'on ne le fait pas de façon totalement naturelle.
Je ne suis pas quelqu'un de bien. La chance que j'ai, c'est de les reconnaître, d'en connaître, de m'en faire aimer parfois, et de les avoir comme repères et comme modèles. Mais, avec la meilleure volonté du monde, je ne serai jamais quelqu'un de bien.

23 avril 2006

Lecture : Mystic river, de Dennis Lehane

Une des raisons qui m'ont incitée à écrire ce blog, c'était pour y parler de mes lectures, afin de pallier mes défauts de mémoire. Je lis en effet beaucoup, et je me souviens peu, même, à mon grand désespoir, des ouvrages que j'ai aimés.
Mystic river ne va pas faire partie de ces derniers. Le souvenir qui m'en reste, c'est finalement les images du film que Clint Eastwood en a tiré, et qui y est très fidèle. Et la fin, que je n'ai aimé ni dans le roman, ni dans la version cinématographique. Pourtant je n'ai pas détesté ce polar, car je l'ai lu sans déplaisir ; mais quand il s'agit d'en parler, rien de franchement positif ne me vient. Surgit au contraire avec précision ce que je n'ai pas apprécié : le portrait banal des assassins et une fin bavarde relativement malsaine. Son intrigue est assez captivante, non dénuée de suspense et de psychologie. On n'est pas dans le polar sans âme bourré de rebondissements plus ou moins crédibles, mais bon, sans en parler ici, je l'aurais oublié très vite.

22 avril 2006

J'aurais voulu être un bonhomme...

(Sur l'air de : "J'aurais voulu être un artiiiiiiiiiiiste..."
Pour les muscles, pour la taille, pour l'habileté innée à se débrouiller des travaux physiques, pour la possibilité de faire face à un mur haut à peindre, un plafond à défoncer, un tas de briques à massacrer à la masse, plus de 10 kilos à soulever, etc etc. Ouaip, je sais, tous les mecs ne sont pas costauds ni plombiers ni adroits, mais ils ne savent que rarement rien faire de ce que l'on attribue généralement à la gent masculine. Il y a quand même des prédispositions naturelles que les femmes n'ont pas. Qu'elles peuvent parfois acquérir, il paraît.
Est-ce que l'homme et la femme ont vraiment changé depuis l'ère préhistorique où l'homme allait chasser de ses gros bras musclés le mammouth récalcitrant ? La femme aujourd'hui cherche-t-elle aujourd'hui autre chose qu'un mâle protecteur qui sache lui montrer combien il est fort ? Je ne suis pas sûre.

16 avril 2006

Episode douloureux

Sortie scolaire, ma première qui dure plus de 12 heures. 166 élèves entre 15 et 19 ans, en très forte majorité des garçons, une quinzaine de profs motivés, une destination sympa. Et à cause de 5 élèves, tout dérape.
5 élèves n'étaient venus que pour provoquer, se heurter, nuire. 5 élèves malfaisants. On les savait perturbateurs, voire agressifs, mais on les avait emmenés, par souci d'équité. Escalade dans la violence verbale, la violence physique (pas contre nous mais contre d'autres jeunes), l'incommunicabilité, l'incompréhension. Oh personne n'a été poignardé, certes, mais je n'ai jamais connu un tel climat de tension, de brutalité et de mépris.
Notre métier d'enseignant n'est possible, viable, appréciable, que s'il y a une communication possible entre les élèves et nous, un minimum de valeurs communes ; et là, nous nous sommes confrontés à un mur infranchissable qui n'avait comme issue que la violence parce qu'aucun dialogue n'était possible, et pourtant, de notre côté, on a tout et tous essayé. Cette violence s'est limitée au ton, aux mots et à l'atmosphère, in extremis, mais pour combien de temps ?
Ces élèves sont maghrébins, et il serait hypocrite de prétendre que c'est un hasard. Cette incommunicabilité est forcément liée à une différence de culture et d'éducation. Ce à quoi j'ai assisté et participé pourrait suffire à me rendre raciste, c'est-à-dire à rejeter en bloc tous les individus de culture nord-africaine ; mais je ne dois pas oublier que j'en connais parmi les élèves comme parmi les adultes, dont le comportement n'a rien en commun avec ce que j'ai vu. Il n'empêche que ce voyage scolaire à cause de ces 5 monstres me fait encore froid dans le dos. Il ne faut pas oublier non plus qu'il y a eu 161 élèves au comportement normal : blagueurs, dissipés, râleurs, bruyants, contents, pas contents, etc etc...

Déception

J'ai cru naïvement que les mouvements de grève, de contestation, les manifestations massives et joyeuses étaient le reflet d'un dynamisme et d'une volonté de renouveau. Il n'en est rien. En mai 68, les jeunes défilaient pour réclamer une autre société, plus libre, plus créatrice ; les jeunes aujourd'hui ne défilent pas pour une autre société mais bien au contraire pour réclamer le droit d'en faire partie. Ils réclament le droit de consommer.
J'aime de moins en moins mon époque, mon pays, ma société.

11 avril 2006

Lecture : 99 francs, de Frédéric Beigbeder


Dans le désert de mes activités intellectuelles, j'avais emprunté un livre dont j'avais vaguement entendu parler, pas trop épais et écrit gros, pour renouer avec l'immersion bienfaisante dans la littérature. Raté.
Le roman de Frédéric Beigbeder raconte la vie d'un publiciste gavé de pognon et de solitude, et cherche surtout à travers ce personnage à vilipender notre détestable société de consommation. Ce récit qui se veut très ostensiblement engagé est surtout bavard et prétentieux. Il me fait penser à ces gens qui s'écoutent parler pendant des heures, se gargarisent de s'entendre prononcer des phrases pleine de mots et vides de sens, avec la dose de vulgarité pour avoir l'air hype et pas snob.
A force de faire mine de vomir pendant des pages et des pages sur notre univers artificiel où l'on est tous des cons manipulés, j'ai presque eu envie de trouver une télé pour admirer la pub.

04 avril 2006

Pourvu que ça bouge

Un semblant de printemps commence à se dessiner mais tout palpite. Depuis deux semaines au bas mot, les cours n'ont plus tout à fait lieu : quelques élèves ou pas du tout, des manifs, des blocages, du bruit... L'atmosphère est plutôt bon enfant, même si le fonds est grave. Pourvu que ça dure. Sans radio, sans télé, sans journaux, et sans beaucoup d'internet pour m'informer, avec seulement les échos de ce que je vis au lycée, il me semble que l'énergie déployée par les jeunes est positive : j'ai été tant atterrée par l'inertie des adolescents citadins que les voir défiler me rassure. Ils sont bien sûr une majorité à rester au lit ou devant leur écran, plutôt qu'à se rassembler dans les rues, mais tant pis. Qu'une partie de leur génération se mobilise pour faire bouger les choses, les esprits, la politique, me paraît infiniment sain. C'est pourquoi j'espère que ce dynamisme ne va pas s'évanouir et rester lettre morte à l'occasion des vacances scolaires. Le CPE n'est qu'un prétexte à une volonté de penser autrement la société, une société où l'on cesserait de stigmatiser les jeunes comme étant des victimes et des boulets. Parce que ça c'est grave, et ça doit changer.