
J'admets qu'il y a dans son roman beaucoup de trouvailles ingénieuses qui renouvellent le mythe : elle parvient à dessiner un monde parallèle au nôtre où les vampires ont un fonctionnement étrange, à la fois humain et décalé. Leur érotisme en particulier est quelque chose d'extrêmement troublant. Mais il me semble que toutes les valeurs de l'histoire sont gâchées par une overdose de lyrisme romantique. Les longues pages décrivant les errements psychologiques des personnages principaux sont largement inutiles et vont même jusqu'à ternir fortement l'envoûtement qu'ils suscitent chez le lecteur.
Le film de Neil Jordan, dont Anne Rice a fait le scénario, en l'ayant vu après avoir lu le roman, me semble plutôt réussi : la grande qualité de l'image, sombre et colorée, restitue le monde nocturne et capiteux dans lequel les vampires évoluent. Les acteurs sont excellents : Tom Cruise et Brad Pitt, mais aussi la jeune Kirsten Dunst, qui parvient à jouer une femme dans le corps d'un enfant. Je suis beaucoup plus mitigée quand au choix d'Antonio Banderas dans le rôle d'Armand : l'incroyable magnétisme qu'il est sensé susciter auprès de Louis (Brad Pitt) m'est paru peu perceptible. Et bien sûr, le film a été débarrassé du verbiage du roman.
Il ne me semble pourtant pas que l'on retrouve sur l'écran toute la magie, toute l'ambiguïté émotionnelle de la version écrite. Je crois en fait que j'aurais beaucoup plus apprécié le film si je n'avais pas lu le livre.