Vingt-huit novembre mil neuf cent quarante-six
Nous ne vieillirons pas ensemble
Voici le jour
En trop : le temps déborde.
Mon amour si léger prend le poids d'un supplice.
Paul Eluard, Le Temps déborde, 1947.
31 mai 2006
30 mai 2006
L'Aquoiboniste
Un faiseur de plaisantristes
Qui dit toujours à quoi bon
A quoi bon
Un aquoiboniste
Un modeste guitariste
Qui n'est jamais dans le ton
A quoi bon
Un aquoiboniste
Un modeste guitariste
Qui n'est jamais dans le ton
A quoi bon
Un aquoiboniste
Un peu trop idéaliste
Qui répèt' sur tous les tons
A quoi bon
Un aquoiboniste
Un drôl' de je m'enfoutiste
Qui dit à tort à raison
A quoi bon
Un aquoiboniste
Qui s'fout de tout et persiste
A dire j'veux bien mais au fond
A quoi bon
Un aquoiboniste
Qu'a pas besoin d'oculiste
Pour voir la merde du monde
A quoi bon
Un aquoiboniste
Qui me dit le regard triste
Toi je t'aime, les autres ce sont
Tous des cons
Serge Gainsbourg, 1978 © Melody Nelson Publishing
29 mai 2006
"Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux" dit la chanson. Et c'est vrai que je me demande parfois au nom de quoi je ne suis pas contente de ce que j'ai ; au nom de quoi je réclame autre chose ; qui je suis pour me prétendre en manque ! Quelle prétention d'être malheureux ! Quelle incommensurable présomption que de ne pas se satisfaire du présent ! Comme si on méritait mieux, comme si on avait le droit d'attendre autre chose.
Beau discours, hein. Que je suis bien la dernière à appliquer d'ailleurs. Et pourtant je le pense. Peut-être que parfois c'est juste un peu d'énergie dont on manque. Il faut la pêche pour être heureux. Bon, c'est quand on est heureux qu'on a la pêche vous me direz. C'est pas faux non plus.
OK. Demain j'essaie encore.
Beau discours, hein. Que je suis bien la dernière à appliquer d'ailleurs. Et pourtant je le pense. Peut-être que parfois c'est juste un peu d'énergie dont on manque. Il faut la pêche pour être heureux. Bon, c'est quand on est heureux qu'on a la pêche vous me direz. C'est pas faux non plus.
OK. Demain j'essaie encore.
27 mai 2006
Complexe
Il ne suffit pas d'aimer quelqu'un pour l'aimer comme il faut. Bigard, dans un de ses sketchs, dit qu'"on n'est pas à l'abri de la gentillesse des gens" et que les gens les mieux intentionnés sont parfois néfastes. Pour faire du bien à quelqu'un que l'on aime, il faut aussi une bonne dose de sensibilité et d'attention, et ce n'est pas toujours facile. L'amour le plus sincère n'est pas nécessairement généreux. Peut-être parce que dans le fait d'aimer quelqu'un, il y a en même temps l'admiration désintéressée que l'on éprouve pour l'autre, autrement dit le bonheur d'avoir sous les yeux quelqu'un qui nous plaît profondément, mais aussi l'amour de la relation entretenue et enfin le sentiment égoïste et enrichissant qui nous habite , auquel on ne veut jamais renoncer.
Ah ce n'est décidément pas simple, les relations humaines...
Ah ce n'est décidément pas simple, les relations humaines...
23 mai 2006
Aïe
En moins de 24 heures, je me fais vertement rabrouer à la fois sur le plan professionnel et sur le plan amical. Deux claques dans la gueule de bibi, à qui on dit combien elle est non seulement stupide mais encore nuisible.
Y'a des périodes comme ça, où des choses nous tombent sur la gueule alors qu'on s'y attend pas du tout. L'avantage de l'accumulation, c'est qu'au bout de plusieurs on arrête de pleurer et on attend que ça s'arrête. Il n'y a plus que cela à faire et on peut presque se dire qu'on n'est plus concerné, c'est trop énorme. Courage, fuyons. Toutes les situations ne sont pas bonnes à affronter, surtout les mauvaises. Avec l'expérience, je crois de moins en moins à ces conneries que l'on entend fréquemment, du genre : "L'homme est un apprenti, la douleur est son maître / Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert" (Musset). Se connaître n'a pas beaucoup d'intérêt si cela ne sert pas à être un peu plus heureux ; et souffrir n'a jamais engendré le bonheur.
Y'a des périodes comme ça, où des choses nous tombent sur la gueule alors qu'on s'y attend pas du tout. L'avantage de l'accumulation, c'est qu'au bout de plusieurs on arrête de pleurer et on attend que ça s'arrête. Il n'y a plus que cela à faire et on peut presque se dire qu'on n'est plus concerné, c'est trop énorme. Courage, fuyons. Toutes les situations ne sont pas bonnes à affronter, surtout les mauvaises. Avec l'expérience, je crois de moins en moins à ces conneries que l'on entend fréquemment, du genre : "L'homme est un apprenti, la douleur est son maître / Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert" (Musset). Se connaître n'a pas beaucoup d'intérêt si cela ne sert pas à être un peu plus heureux ; et souffrir n'a jamais engendré le bonheur.
18 mai 2006
Florence : la ville des trésors
Ses nombreux musées abritent d'importants chefs d'oeuvre, dont le plus magnifique, le plus époustouflant, le plus... je ne sais pas quoi, c'est le David de Michel Ange. Je n'y connais absolument rien en sculpture, et j'ai jusque là simplement été capable d'admirer platement, sans discerner un chef d'oeuvre d'un buste banal. Mais là, ô là ! devant ce géant au déhanché troublant, à la majesté écrasante, à la délicatesse surprenante pour ses 5 mètres de haut, là j'ai vu ce que c'était qu'un chef d'oeuvre.
L'originalité de la ville, hormis qu'elle abrite ce David, c'est que ses trésors se trouvent souvent dans les rues : la très imposante cathédrale avec ses monuments annexes tout aussi énormes, et la piazza della Signoria avec ses immenses statues en plein air.
Florence vaut vraiment le détour pour tout cela, mais pour goûter à l'authenticité de la vie citadine italienne, il faut sans doute aller plutôt dans les plus petites villes de Toscane.
15 mai 2006
La loi des non séries
Une expérience ne fait pas l'autre et d'une manière générale, dans notre noble métier d'enseignant (entendez-vous la Marseillaise en fond sonore ?), s'il y a une chose que l'on ne peut pas connaître, c'est la routine. Bref, tout cela pour dire qu'un voyage scolaire cauchemardesque n'en entraîne pas forcément d'autres, et que celui auquel je viens de participer pendant une semaine à Florence a été impeccable.
Le plus beau a été la joie et la bonne humeur des élèves tout au long, malgré les musées, les marches forcées, les attentes etc. Je ne dis pas qu'il n'y en pas eu qui ont rechigné de temps en temps, mais franchement, ils ont été sympas et ça fait du bien de le vivre et de le dire !!! Quelques incidents mineurs ont certes coloré le séjour : un élève surpris à glouglouter du rhum, un autre qui tripote du bout du doigt une fresque du XVIe siècle, des ouh ouh nocturnes par la fenêtre, des chansons paillardes dans le car, mais rien que de très normal quand on emmène 51 adolescents. S'il n'y avait rien eu du tout, voilà qui aurait été inquiétant ! On a même eu des grazie chantés sur le trajet du retour, c'est dire si tout s'est passé dans la bonne humeur.
A plus tard pour les billets sur Firenze proprement dit...
Le plus beau a été la joie et la bonne humeur des élèves tout au long, malgré les musées, les marches forcées, les attentes etc. Je ne dis pas qu'il n'y en pas eu qui ont rechigné de temps en temps, mais franchement, ils ont été sympas et ça fait du bien de le vivre et de le dire !!! Quelques incidents mineurs ont certes coloré le séjour : un élève surpris à glouglouter du rhum, un autre qui tripote du bout du doigt une fresque du XVIe siècle, des ouh ouh nocturnes par la fenêtre, des chansons paillardes dans le car, mais rien que de très normal quand on emmène 51 adolescents. S'il n'y avait rien eu du tout, voilà qui aurait été inquiétant ! On a même eu des grazie chantés sur le trajet du retour, c'est dire si tout s'est passé dans la bonne humeur.
A plus tard pour les billets sur Firenze proprement dit...
05 mai 2006
Voyage voyage
Dans trois jours, départ pour Florence...
J'y suis déjà allée une fois, il y a six ans environ et cela va être amusant de confronter ce que je vais voir la semaine prochaine à mes souvenirs. Je me rappelle la chaleur accablante (je n'ai jamais eu aussi chaud de ma vie je crois), un foisonnement incroyable de sculptures, monuments, fresques, couleurs tous les mètres. Je me souviens de la basilique Santa Croce avec son étoile de David sur le fronton et à l'intérieur le plafond bleu nuit avec les étoiles. Je me souviens du monde partout. Du Ponte Vecchio avec ses boutiques de bijoux...
Malgré les 19 heures 30 de car prévues pour l'aller comme pour le retour et la présence des élèves à surveiller, j'espère bien en profiter !!
J'y suis déjà allée une fois, il y a six ans environ et cela va être amusant de confronter ce que je vais voir la semaine prochaine à mes souvenirs. Je me rappelle la chaleur accablante (je n'ai jamais eu aussi chaud de ma vie je crois), un foisonnement incroyable de sculptures, monuments, fresques, couleurs tous les mètres. Je me souviens de la basilique Santa Croce avec son étoile de David sur le fronton et à l'intérieur le plafond bleu nuit avec les étoiles. Je me souviens du monde partout. Du Ponte Vecchio avec ses boutiques de bijoux...
Malgré les 19 heures 30 de car prévues pour l'aller comme pour le retour et la présence des élèves à surveiller, j'espère bien en profiter !!
04 mai 2006
PPQ
Si on n'y fait pas attention, on oublie que tous les jours, on a, à portée de mains, des PPQ = Petits Plaisirs Quotidiens. A avoir trop la tête dans le guidon ou des aspirations inaccessibles, on passe à côté d'infimes mais immenses douceurs, comme de sentir le souffle frais du dehors sur son visage le matin, alors qu'on est encore au chaud sous la couette ; comme d'écouter au crépuscule les oiseaux qui gazouillent ; comme de croiser le sourire de gens qu'on apprécie ; comme de croiser des gens beaux ; comme de penser aux gens qu'on aime ; comme de s'asseoir au soleil quelques minutes et de se sentir bien ; etc etc...
C'est tout con, hein.
03 mai 2006
Lecture : Bleu de chauffe, de Nan Aurusseau
Le premier roman de Nan Aurusseau, dont j'avais entendu et lu les critiques dithyrambiques de Jérôme Garcin notamment, est particulièrement séduisant. Il m'a plu comme me charmerait un homme à l'aspect rustre dont je percevrais la finesse et l'humour.
Ce livre écrit à la première personne raconte l'histoire d'un plombier obsédé par les malversations de son patron. Mais quand on a dit cela, on n'a pas dit grand chose. Bref, il faut le lire.
02 mai 2006
Trou d'obus
Si ma mémoire n'est pas trop défaillante ni erronée, le stoïcisme consiste essentiellement en l'acceptation de l'idée de mort, source d'angoisse qui empêche de vivre. Jusqu'à il y a peu de temps, c'est quelque chose que je ne comprenais pas dans la mesure où ma propre mort ne me faisait pas peur parce que je n'y pensais pas vraiment, et puis il y a quelques jours, dieu seul sait d'où c'est venu, j'y ai pensé et j'ai touché du doigt l'effroyable angoisse que de s'imaginer mort(e). Parce que c'est inconcevable, évidemment. Mais cela n'a pas duré longtemps et finalement, ce qui me paraît toujours le plus douloureux, c'est d'envisager la mort des autres.
Etant d'un naturel inquiet (merci maman), le moindre retard, la moindre absence inexpliquée des gens auxquels je tiens particulièrement me rend folle d'angoisse, et l'adjectif n'est pas trop fort. Et le pire dans ces moments, c'est de me projeter dans une existence où cet autre aurait disparu. La sensation que j'éprouve alors, c'est celle d'avoir un trou d'obus au milieu de la poitrine. Je sais qu'il est parfaitement idiot, irrationnel, de sombrer dans des scénarii aussi cauchemardesques mais je n'y peux rien ; je lutte docteur, pourtant, je lutte...
Y'a encore du boulot avant de devenir stoïcienne.
Etant d'un naturel inquiet (merci maman), le moindre retard, la moindre absence inexpliquée des gens auxquels je tiens particulièrement me rend folle d'angoisse, et l'adjectif n'est pas trop fort. Et le pire dans ces moments, c'est de me projeter dans une existence où cet autre aurait disparu. La sensation que j'éprouve alors, c'est celle d'avoir un trou d'obus au milieu de la poitrine. Je sais qu'il est parfaitement idiot, irrationnel, de sombrer dans des scénarii aussi cauchemardesques mais je n'y peux rien ; je lutte docteur, pourtant, je lutte...
Y'a encore du boulot avant de devenir stoïcienne.
27 avril 2006
La solitude engendre la solitude
J'ai fréquemment remarqué cela chez les autres, sans véritablement bien me l'expliquer : les gens seuls qui se plaignent de leur solitude s'enferment souvent dans un processus dont ils ne parviennent pas à sortir, sans avoir l'air de s'en rendre compte. Je me disais que c'était justement parce qu'ils passaient trop de temps à se lamenter et finalement n'envisageaient plus vraiment d'autre manière de vivre. (S'enfermer dans UNE façon de vivre et de penser, c'est d'une manière générale LA chose à fuir, à mon avis.) On est le plus souvent malheureux d'être seul, sauf quand on ne l'est pas assez et qu'on a besoin de s'échapper, et pourtant on s'y fait. C'est bien le pire. On s'habitue à tout. Où que l'on soit, on parvient toujours à se créer son petit monde à soi, un petit minimum qui permet de survivre, de se donner des buts, des lignes de conduite, des convictions. Et on finit par ne plus envisager autre chose. Dans le meilleur ou le pire des cas (cela dépend du point de vue), on peut même finir par croire qu'on y trouve notre compte et qu'on est bien comme ça. Je me rappelle le sketch de Muriel Robin sur la solitude, particulièrement cruel, qui parle de cela.
La lucidité n'est pas toujours une chance.
La lucidité n'est pas toujours une chance.
25 avril 2006
Les gens bien
Quelqu'un de bien, c'est quelqu'un qui a son âme tapissée, au fond, de façon profondément naturelle pour ne pas dire innée, d'un instinct d'honnêteté, de droiture et de gentillesse désintéressée. Les gens bien ne savent pas qu'ils appartiennent à cette catégorie, justement parce qu'ils ne le font pas exprès. Les gens bien ne sont pas forcément intelligents, ni forcément idiots. Les gens bien sont bienfaisants et incorruptibles. Les gens bien sont toujours humbles.
On ne devient pas quelqu'un de bien. On peut parfois avoir les mêmes comportements, parfois faire un bien équivalent à autrui, avec sincérité, mais sans être quelqu'un de bien, simplement parce qu'on ne le fait pas de façon totalement naturelle.
Je ne suis pas quelqu'un de bien. La chance que j'ai, c'est de les reconnaître, d'en connaître, de m'en faire aimer parfois, et de les avoir comme repères et comme modèles. Mais, avec la meilleure volonté du monde, je ne serai jamais quelqu'un de bien.
On ne devient pas quelqu'un de bien. On peut parfois avoir les mêmes comportements, parfois faire un bien équivalent à autrui, avec sincérité, mais sans être quelqu'un de bien, simplement parce qu'on ne le fait pas de façon totalement naturelle.
Je ne suis pas quelqu'un de bien. La chance que j'ai, c'est de les reconnaître, d'en connaître, de m'en faire aimer parfois, et de les avoir comme repères et comme modèles. Mais, avec la meilleure volonté du monde, je ne serai jamais quelqu'un de bien.
23 avril 2006
Lecture : Mystic river, de Dennis Lehane
Mystic river ne va pas faire partie de ces derniers. Le souvenir qui m'en reste, c'est finalement les images du film que Clint Eastwood en a tiré, et qui y est très fidèle. Et la fin, que je n'ai aimé ni dans le roman, ni dans la version cinématographique. Pourtant je n'ai pas détesté ce polar, car je l'ai lu sans déplaisir ; mais quand il s'agit d'en parler, rien de franchement positif ne me vient. Surgit au contraire avec précision ce que je n'ai pas apprécié : le portrait banal des assassins et une fin bavarde relativement malsaine. Son intrigue est assez captivante, non dénuée de suspense et de psychologie. On n'est pas dans le polar sans âme bourré de rebondissements plus ou moins crédibles, mais bon, sans en parler ici, je l'aurais oublié très vite.
22 avril 2006
J'aurais voulu être un bonhomme...
(Sur l'air de : "J'aurais voulu être un artiiiiiiiiiiiste..."Pour les muscles, pour la taille, pour l'habileté innée à se débrouiller des travaux physiques, pour la possibilité de faire face à un mur haut à peindre, un plafond à défoncer, un tas de briques à massacrer à la masse, plus de 10 kilos à soulever, etc etc. Ouaip, je sais, tous les mecs ne sont pas costauds ni plombiers ni adroits, mais ils ne savent que rarement rien faire de ce que l'on attribue généralement à la gent masculine. Il y a quand même des prédispositions naturelles que les femmes n'ont pas. Qu'elles peuvent parfois acquérir, il paraît.
Est-ce que l'homme et la femme ont vraiment changé depuis l'ère préhistorique où l'homme allait chasser de ses gros bras musclés le mammouth récalcitrant ? La femme aujourd'hui cherche-t-elle aujourd'hui autre chose qu'un mâle protecteur qui sache lui montrer combien il est fort ? Je ne suis pas sûre.
16 avril 2006
Episode douloureux
Sortie scolaire, ma première qui dure plus de 12 heures. 166 élèves entre 15 et 19 ans, en très forte majorité des garçons, une quinzaine de profs motivés, une destination sympa. Et à cause de 5 élèves, tout dérape.
5 élèves n'étaient venus que pour provoquer, se heurter, nuire. 5 élèves malfaisants. On les savait perturbateurs, voire agressifs, mais on les avait emmenés, par souci d'équité. Escalade dans la violence verbale, la violence physique (pas contre nous mais contre d'autres jeunes), l'incommunicabilité, l'incompréhension. Oh personne n'a été poignardé, certes, mais je n'ai jamais connu un tel climat de tension, de brutalité et de mépris.
Notre métier d'enseignant n'est possible, viable, appréciable, que s'il y a une communication possible entre les élèves et nous, un minimum de valeurs communes ; et là, nous nous sommes confrontés à un mur infranchissable qui n'avait comme issue que la violence parce qu'aucun dialogue n'était possible, et pourtant, de notre côté, on a tout et tous essayé. Cette violence s'est limitée au ton, aux mots et à l'atmosphère, in extremis, mais pour combien de temps ?
Ces élèves sont maghrébins, et il serait hypocrite de prétendre que c'est un hasard. Cette incommunicabilité est forcément liée à une différence de culture et d'éducation. Ce à quoi j'ai assisté et participé pourrait suffire à me rendre raciste, c'est-à-dire à rejeter en bloc tous les individus de culture nord-africaine ; mais je ne dois pas oublier que j'en connais parmi les élèves comme parmi les adultes, dont le comportement n'a rien en commun avec ce que j'ai vu. Il n'empêche que ce voyage scolaire à cause de ces 5 monstres me fait encore froid dans le dos. Il ne faut pas oublier non plus qu'il y a eu 161 élèves au comportement normal : blagueurs, dissipés, râleurs, bruyants, contents, pas contents, etc etc...
5 élèves n'étaient venus que pour provoquer, se heurter, nuire. 5 élèves malfaisants. On les savait perturbateurs, voire agressifs, mais on les avait emmenés, par souci d'équité. Escalade dans la violence verbale, la violence physique (pas contre nous mais contre d'autres jeunes), l'incommunicabilité, l'incompréhension. Oh personne n'a été poignardé, certes, mais je n'ai jamais connu un tel climat de tension, de brutalité et de mépris.
Notre métier d'enseignant n'est possible, viable, appréciable, que s'il y a une communication possible entre les élèves et nous, un minimum de valeurs communes ; et là, nous nous sommes confrontés à un mur infranchissable qui n'avait comme issue que la violence parce qu'aucun dialogue n'était possible, et pourtant, de notre côté, on a tout et tous essayé. Cette violence s'est limitée au ton, aux mots et à l'atmosphère, in extremis, mais pour combien de temps ?
Ces élèves sont maghrébins, et il serait hypocrite de prétendre que c'est un hasard. Cette incommunicabilité est forcément liée à une différence de culture et d'éducation. Ce à quoi j'ai assisté et participé pourrait suffire à me rendre raciste, c'est-à-dire à rejeter en bloc tous les individus de culture nord-africaine ; mais je ne dois pas oublier que j'en connais parmi les élèves comme parmi les adultes, dont le comportement n'a rien en commun avec ce que j'ai vu. Il n'empêche que ce voyage scolaire à cause de ces 5 monstres me fait encore froid dans le dos. Il ne faut pas oublier non plus qu'il y a eu 161 élèves au comportement normal : blagueurs, dissipés, râleurs, bruyants, contents, pas contents, etc etc...
Déception
J'ai cru naïvement que les mouvements de grève, de contestation, les manifestations massives et joyeuses étaient le reflet d'un dynamisme et d'une volonté de renouveau. Il n'en est rien. En mai 68, les jeunes défilaient pour réclamer une autre société, plus libre, plus créatrice ; les jeunes aujourd'hui ne défilent pas pour une autre société mais bien au contraire pour réclamer le droit d'en faire partie. Ils réclament le droit de consommer.
J'aime de moins en moins mon époque, mon pays, ma société.
J'aime de moins en moins mon époque, mon pays, ma société.
11 avril 2006
Lecture : 99 francs, de Frédéric Beigbeder
Dans le désert de mes activités intellectuelles, j'avais emprunté un livre dont j'avais vaguement entendu parler, pas trop épais et écrit gros, pour renouer avec l'immersion bienfaisante dans la littérature. Raté.
Le roman de Frédéric Beigbeder raconte la vie d'un publiciste gavé de pognon et de solitude, et cherche surtout à travers ce personnage à vilipender notre détestable société de consommation. Ce récit qui se veut très ostensiblement engagé est surtout bavard et prétentieux. Il me fait penser à ces gens qui s'écoutent parler pendant des heures, se gargarisent de s'entendre prononcer des phrases pleine de mots et vides de sens, avec la dose de vulgarité pour avoir l'air hype et pas snob.
A force de faire mine de vomir pendant des pages et des pages sur notre univers artificiel où l'on est tous des cons manipulés, j'ai presque eu envie de trouver une télé pour admirer la pub.
04 avril 2006
Pourvu que ça bouge
Un semblant de printemps commence à se dessiner mais tout palpite. Depuis deux semaines au bas mot, les cours n'ont plus tout à fait lieu : quelques élèves ou pas du tout, des manifs, des blocages, du bruit... L'atmosphère est plutôt bon enfant, même si le fonds est grave. Pourvu que ça dure. Sans radio, sans télé, sans journaux, et sans beaucoup d'internet pour m'informer, avec seulement les échos de ce que je vis au lycée, il me semble que l'énergie déployée par les jeunes est positive : j'ai été tant atterrée par l'inertie des adolescents citadins que les voir défiler me rassure. Ils sont bien sûr une majorité à rester au lit ou devant leur écran, plutôt qu'à se rassembler dans les rues, mais tant pis. Qu'une partie de leur génération se mobilise pour faire bouger les choses, les esprits, la politique, me paraît infiniment sain. C'est pourquoi j'espère que ce dynamisme ne va pas s'évanouir et rester lettre morte à l'occasion des vacances scolaires. Le CPE n'est qu'un prétexte à une volonté de penser autrement la société, une société où l'on cesserait de stigmatiser les jeunes comme étant des victimes et des boulets. Parce que ça c'est grave, et ça doit changer.
28 mars 2006
Youpi : les manifs
Il me semble que dans l'éducation à la citoyenneté, chère à notre vénérable institution, devrait figurer en bonne place dans les programmes la participation à au moins une manif.
Et je dis cela sans plaisanter. Je ne connais pas d'endroit où l'on a davantage le sentiment d'appartenir à son pays et de défendre des valeurs. Il y règne une unité et une bonne humeur galvanisantes. J'irai jusqu'à dire que c'est là que règne notre devise nationale : liberté, égalité, fraternité.
Il est vrai cependant qu'on ne sait pas toujours bien ce que l'on conteste, qu'une foule, cela n'est jamais très intelligent et que notre pays souffre sûrement d'une incapacité à se réformer, mais flûte, c'est génial de défiler tous ensemble dans les rues !
Et je dis cela sans plaisanter. Je ne connais pas d'endroit où l'on a davantage le sentiment d'appartenir à son pays et de défendre des valeurs. Il y règne une unité et une bonne humeur galvanisantes. J'irai jusqu'à dire que c'est là que règne notre devise nationale : liberté, égalité, fraternité.
Il est vrai cependant qu'on ne sait pas toujours bien ce que l'on conteste, qu'une foule, cela n'est jamais très intelligent et que notre pays souffre sûrement d'une incapacité à se réformer, mais flûte, c'est génial de défiler tous ensemble dans les rues !
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