26 mars 2006

En vrac

- Il fait enfin doux mais l'humidité est à son comble : dans mes chez moi non chauffés, le sol est constamment humide. Beurk.
- Entre ma location enfin vide, mon squatt avec le minimum vital, et ma maison en chantier, la vie est "roots".
- Est-ce que c'est le cas pour tout le monde ou le manque d'habitude, je ne saurai dire, mais mes capacités intellectuelles, depuis que ce sont mes muscles (si si) et les activités pratiques qui dominent, sont complètement annihilées : je ne lis plus une ligne, je n'écris quasiment plus, et je n'ose même pas parler de mes préparations de cours (mais comme les lycéens sont en grève, ils ne s'en rendent pas compte).
- Dans le désert de ma vie spirituelle, j'ai quand même découvert la série Desperate housewives, et je ne pouvais rêver mieux pour me détendre le soir en rentrant dans mon squatt. Mais je la regarde en V.O.
- Je n'ai même pas le temps de penser à ce qui me manque. Enfin si quand même un peu, on ne se refait pas, mais pas beaucoup.
Gardons la patate...

21 mars 2006

Pensée

Oscar Wilde disait que dans la vie le plus important n'était pas d'être aimé mais d'être préféré. Décidément, cet homme là avait oublié d'être con. On entend souvent par exemple que les stars adulées de milliers de fans se sentent souvent seules. Parce qu'être aimé d'une foule n'est pas grand chose mais être ce qu'il y a de plus important pour une personne, c'est tout. La vraie solitude est là : quand on n'est pas le "number one" d'un autre. C'est pour cela qu'on a besoin d'être amoureux et de former un couple, pour cela aussi qu'on a besoin d'un(e) "meilleur(e)" ami(e).

19 mars 2006

Chef de chantier

Non seulement je suis devenue propriétaire, mais par la même occasion : architecte d'intérieur, chef de chantier, destructrice de lambris, gratteuse de ciment. En cinq jours seulement !! C'est dire tout ce qui se passe (et peut se passer) quand on fait l'acquisition d'une maison. Y'en a toujours un peu beaucoup trop pour ma petite tête (la preuve : aujourd'hui je me paie une migraine monumentale qui annihile toute velléité), mais c'est quand même une belle aventure qui s'est engagée.
On me répète autour de moi que l'on admire mon courage de m'occuper de tout cela seule. Mais où est le courage quand il s'agit de s'occuper de soi ? Il n'y a pas beaucoup de mérite. C'est balèze, parce que c'est prenant et compliqué, mais pas courageux.
J'aime apprendre, et je crois qu'avec cette maison à moi que j'ai maintenant (clin d'oeil à Garf pour l'expression), je vais avoir l'occasion d'apprendre beaucoup beaucoup beaucoup de choses...

14 mars 2006

Propriétaire !

Un grand jour, à ce qu'il paraît : me voilà PROPRIETAIRE...
Y'a une maison à la campagne, qui est à moi : les murs (pourris), les robinets (rouillés), la baignoire (bouchée), les fenêtres (à changer), le chiotte (qui pue), le terrain (en friche) etc etc. Bon, je plaisante, parce que je suis 'achement contente. Très très fatiguée, parce que les emmerdements ont succédé aux emmerdements avant cette grande date et qu'avec les travaux pour réparer murs, robinets, baignoire etc, j'ai encore plein d'autres surprises du même genre qui m'attendent. Mais c'est comme pour son gosse qu'est toujours le plus beau : MA maison, c'est la plus belle.

10 mars 2006

Lecture : Danseur, de Colum mc Cann

Ce récit retrace, de façon romancée, la vie de Rudolf Noureïev.
Je l'ai lu sans déplaisir, mais j'ai été davantage portée par la curiosité que par l'écriture. L'auteur adopte plusieurs points de vue successivement, lesquels ne sont pas toujours faciles à identifier, et c'est sans doute ce qui m'a le plus gênée à la lecture. Finalement, la personnalité de "Rudik" m'est restée floue. Il est possible que ce soit justement ce que l'écrivain cherchait à produire comme image, celle d'un individu complexe, assez insaisissable, mais j'aurais bien aimé pouvoir mieux le cerner. Il me semble qu'une part de la magie suscitée par le personnage et par son histoire extraordinaire est appauvrie par le parti pris de distance de l'auteur.

09 mars 2006

Petit cerveau

C'est bien beau d'être une femme libre et indépendante mais parfois, flûte, c'est lourd.
Lourd d'avoir à tout décider même dans les domaines où l'on n'y connaît rien.
Lourd d'avoir à être là pour tout faire avec ses petits bras et son emploi du temps.
Lourd d'avoir à penser à tout.
Lourd d'avoir à faire les bons choix.
Lourd d'avoir à quémander de l'aide quand vraiment on peut pas assurer.



Il paraît que ce qui ne tue pas rend plus fort.
Il paraît.

Ah la jeunesse...

La rebellion est essentielle. Surtout à l'adolescence.
Pourtant, l'adolescent aujourd'hui me terrifie par son apathie et son conformisme. En conseil de classe, un jeune homme de seize ans, en première, gentil, poli, répond ingénuement à l'ensemble de ses professeurs qui lui demandent pourquoi ses résultats sont aussi faibles : "c'est parce que ce trimestre je préparais mon code".
Comment le temps passé à préparer son code a pu l'empêcher de travailler ses cours pendant tout un trimestre ? Comment cela a-t-il pu passer avant sa scolarité ? Comment a-t-il pu envisager que cela pût être une excuse ?
Ils ne sont pas plus idiots que les générations précédentes mais seulement beaucoup plus individualistes, beaucoup plus superficiels, beaucoup plus dispersés et beaucoup plus tristes je crois, mais sans doute seulement selon ma propre définition. Je préférerais une franche contestation, des revendications, peut-être même des conflits, plutôt que cette passivité insaisissable, ce comportement de simple consommateur, de spectateur, ce manque d'intérêt général, cette absence d'envie de s'impliquer, cette indifférence à leur propre existence. J'ai peur de ce que ces ados vont devenir quand ils se retrouveront adultes, en âge de voter, dans l'obligation de travailler, parents.
Eh oui, je sais, je suis déjà une vieille conne réac.

04 mars 2006

Qu'est-ce qu'être humain ?

La pièce de Vercors intitulée Zoo pose le problème de la définition de l'être humain. Après moult tergiversations, la réponse apportée à la fin de l'histoire est que l'homme se définit essentiellement comme un animal rebelle. Il est le seul être vivant qui s'insurge contre la nature, et cherche à en percer les mystères. C'est une jolie définition.
A mon avis, ce qui distingue aussi l'homme de l'animal c'est sa complexité et sa faculté de transformation : chacun d'entre nous est composé de multiples facettes, mais est aussi très différent selon les âges. Qui donc peut prétendre vraiment voir en l'enfant l'adolescent ou l'adulte de demain ? Des caractères se dessinent bien sûr, mais pas toujours et de toutes façons il y a toujours des surprises. L'humain est peut-être aussi l'être vivant qui subit le plus l'influence de son environnement : ce qui le constitue, c'est très largement tout ce qu'il vit et rencontre. Sa sensibilité, donc.
C'était la réflexion philosophique du soir, bonsoir.

02 mars 2006

A quand la fin de l'hiver ??

C'est quand est-ce que ça va finir, hein ? Y'en a marre, bon Dieu, du froid, du gris et même du blanc, des cols roulés, des collants et des écharpes ! Je veux ranger mes gants de laine et mon bonnet, mettre mes pneus neige et ma bouillotte au placard, mes moumoutes dans les cartons pour l'année prochaine !! Certes, il fait jour plus tôt et plus tard, mais ce n'est bien qu'à cela qu'on voit qu'on n'est plus en décembre ! J'en ai marre de me peler dans ma maison, de ne pas oser ouvrir les fenêtres, de rester vissée aux radiateurs et de ne jamais voir le soleil.
Preuve en est faite en tout cas une nouvelle fois : Dieu, puisqu'il permet ce état de choses et qu'il n'écoute pas nos unanimes plaintes, n'existe pas.

24 février 2006

A quoi ça sert d'être cultivé ?

A quoi ça sert, mmh ? De citer des vers, de savoir la date de naissance de Copernic, de connaître la chronologie exacte des conflits israëlo-palestiniens, d'avoir lu les rapports sur les derniers tests de vaccins contre le sida ? A part briller dans les dîners, mais plus personne ne va dans les dîners.
Nulle boutade, c'est une vraie question. Je cherche.
Ah. Peut-être que cela permet de mieux profiter du monde qui nous entoure : au lieu de ne voir que la surface des choses, on en perçoit les tenants, les aboutissants, la valeur. Connaître des choses permet de comparer, d'évaluer, d'apprécier.
Exemple : si je ne connais pas Brassens, Barbara, Brel ou Gainsbourg, je m'extasie devant les textes de Florent Pagny. Si je ne connais pas l'auteur du Cid, je trouve que Corneille est un super nom pour un chanteur. Si je n'ai pas lu Homère, mon épopée favorite, c'est La Guerre des étoiles.
Merde, j'adore La Guerre des étoiles.

22 février 2006

Poème

N'en déplaise à ceux qui pensent que Mallarmé est un poète artificiel...

Apparition

La lune s'attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l'archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l'azur des corolles.
C'était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S'enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d'un Rêve au coeur qui l'a cueilli.
J'errais donc, l'oeil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m'es en riant apparue
Et j'ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d'enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées.

Je ne comprends rien, mais ça m'émeut.

21 février 2006

Aphorisme

"Si vous nagez dans le bonheur, soyez prudent, restez là où vous avez pied".

Marc Escayrol, auteur de Mots et grumots, dictionnaire humoristique.

Lecture : L'Hôtel New Hampshire, de John Irving


Ce roman ne vaut peut-être pas Une prière pour Owen, L'Oeuvre de Dieu la part du diable ou Le Monde selon Garp mais on retrouve les ingrédients des fresques de John Irving.
Ses romans valent pour leur fantaisie d'une part et d'autre part pour la légereté avec laquelle ils abordent des thèmes graves ; ici la mort, le suicide, l'inceste. Pour le foisonnement des idées, je pense un peu à Pennac (que je préfère à Irving !). La quatrième de couverture vante le côté "hilarant" du récit, ce qui est à mon avis très exagéré. Mais si l'on aime les voyages, les personnages pittoresques et les aventures familiales bizarres, on est servi.

Télé et matraquage


Je n'ai pas les chaînes de télévision. A l'occasion, je me plante devant, ce qui sans doute fait que j'y découvre des choses nouvelles. Ce qui m'étonne le plus, c'est l'incroyable vitesse avec laquelle défilent les images. Le pire, ce sont les pubs : des dizaines de plans à la minute. Mais même pendant les émissions, la mode est aux mouvements incessants de caméra, aux changements brusques de plans et même aux superpositions puisque souvent des informations défilent en bas de l'écran ou bien sont en surimpression dans les coins. L'oeil et l'attention sont mis à rude épreuve. Par manque d'habitude, je suis surtout dérangée mais nul doute que si j'ai un jour à nouveau la télévision, je serais très vite conditionnée à nouveau.
Je ne m'étonne pas que les jeunes d'aujourd'hui soient incapables de concentration, de simplement prendre du temps pour faire quelque chose, une seule chose. Et il y a là un problème extrêmement grave. Ne pas savoir se concentrer, approfondir, c'est le symptôme de la bêtise. Si l'écran influe sur les comportements violents, c'est peut-être, non à cause des images de violence, mais parce qu'il encourage aux réactions épidermiques, non réfléchies.
Ah ! Vive la lenteur !

14 février 2006

Beurk : Une histoire d'herbe et de voisin...

Quand on est seul, on a envie de monde, quand on a le temps de dormir, on n'a plus sommeil, quand on a du temps, on n'a rien à faire, quand on n'en a plus, on est débordé, quand on est en famille, on voudrait le calme de la vie de célibataire... On passe notre vie à trouver que l'herbe est plus verte chez le voisin, ou dans une vie antérieure. Pourquoi la vie est-elle si mal foutue ? Pourquoi ne pourrait-on pas échanger de vie de temps en temps et avoir ce qu'on veut au moment où on en a besoin ? Pourquoi on ne peut pas se contenter de ce que l'on a ?
Je la sors à qui veut l'entendre, la sage phrase d'Epictète qui dit : "n'attends pas les événements arrivent comme tu le souhaites. Décide de vouloir ce qui arrive et tu seras heureux". Cela fait même une dizaine d'années, sans exagérer, qu'elle trône sur le tableau blanc de ma cuisine. Mais, comme quoi, la méthode Coué n'a pas de prise sur moi.

12 février 2006

Lecture : L'Or et la cendre, d'Eliette Abécassis

"Grand thriller métaphysique" dit la quatrième de couverture... C'est sans nul doute le but poursuivi par l'auteur, mais franchement, je n'ai pas marché.
Je ne suis pas sûre qu'un polar puisse prétendre à être autre chose qu'un polar ; en d'autres termes, je ne crois pas qu'un bon polar puisse être en même temps un essai philosophique, une dissertation théologique. Dans la première partie, les longues digressions répétitives sur l'amour m'avaient déjà agacées : non pas que je les trouve ridicules mais surtout lourdes, longues et incongrues. Mais dans la deuxième partie, les longues pages métaphyiques, spirituelles, exaltées, je les ai carrément trouvées insupportables. Tout cela pour finir en eau de boudin, dans le flou artistique, vaguement fantastique. Je crois que j'avais trouvé Qumran, le premier ouvrage de l'auteur, assez bavard, lourdement érudit, mais pas à ce point là.
Je crois décidément que l'art du polar, loin d'être simple, c'est l'art de l'action et de la concision.

11 février 2006

Jeu

Un pti jeu éducatif sur la sexualité... A quel niveau parviendrez-vous du premier coup ?

Lecture : La Maladie de Sachs, de Martin Winckler

Ma frénésie de lecture a connu un moment d'arrêt lors de La Maladie de Sachs. Non pas que j'ai eu véritablement du mal à le lire, mais cela m'a pris du temps, par manque de passion.
J'avais beaucoup aimé Les Trois médecins, publié après, mais racontant la vie de Bruno Sachs avant La Maladie de Sachs (on se croirait dans Star Wars !). J'avais bien aimé que selon les chapitres, les narrateurs soient différents et même si j'avais trouvé l'ensemble un peu embrouillé, et le rapprochemement avec Les Trois Mousquetaires finalement un peu ténu, l'histoire m'avait séduite.
La Maladie de Sachs utilise aussi cette technique de la multiplication des points de vue puisque les chapitres sont des épisodes médicaux racontés par les patients, la voix du personnage principal n'intervenant que rarement. J'ai eu du mal à identifier, à plusieurs reprises, les "je" qui prennent la parole et qui s'adressent à la deuxième personne au médecin. Cela m'a paru long, aussi. Le gentil et révolté médecin ne m'a pas semblé mériter ces 600 pages.
A noter que Martin Winckler a un site internet et que s'il lui sert ouvertement d'autopromotion, on peut y trouver aussi des informations médicales intéressantes.

Ces absents qui nous habitent...

Je n'ai jamais autant pleuré, je crois, que pour la mort de mon grand-père. Et presque dix ans plus tard, je ne peux l'évoquer sans que ma gorge se serre. Sans doute, je pense à lui de moins en moins souvent, mais il continue à surgir de façon fulgurante à certains moments de ma vie. Hier, l'idée m'a frappé (le mot n'est pas trop fort) que j'aurais vraiment aimé pouvoir discuter et partager des choses avec lui aujourd'hui. Quand il est mort, j'étais une autre, une gamine. Aujourd'hui, on aurait tant gagné à parler ensemble.
Curieusement, mais j'imagine que tout le monde ressent cela, j'ai constamment le sentiment qu'il m'accompagne. Son visage en photo, son souvenir, son existence, n'ont jamais cessé de m'être familiers. J'ai beaucoup changé mais lui est toujours là. Alors que des gens revus quelques années plus tard, voire moins que cela, peuvent nous paraître complètement étrangers.
Je n'ai aucune idée sur ce que la mort signifie et ce n'est même pas un sujet qui me préoccupe, mais une chose est sûre : sentir une présence, de même que vivre, sont des choses bien mystérieuses.

05 février 2006

Garfieldd : fin de l'affaire ?

Voilà, le ministre a revu sa copie : Garfieldd écope d'un an de suspension, dont 6 mois avec sursis. Il réintègre l'Educ naze le 4 août prochain.
C'est une victoire dans la mesure au regard de la sanction initiale : là-haut, on a quand même fait machine arrière.
Mais la sanction reste sévère, toujours contestable et dérangeante. Quoi qu'il en soit, sans doute vaut-il mieux garder toute cette histoire en mémoire : pour Garfieldd d'abord, parce que le sol doit toujours vibrer sous ses pas après ce séisme et que 6 mois de suspension, ce n'est pas forcément facile à envisager. Et puis parce que ce séisme n'est certainement pas un "hapax" (quelque chose qui n'apparaît qu'une fois) : il est la partie immergée d'un iceberg au milieu de la banquise. Et ne nous leurrons pas : le ministre n'a pas fait de mea culpa (Garfieldd n'a même pas été reçu par quelque instance mais informé par une secrétaire), il a seulement cédé au raz de marée médiatique. Alors restons vigilant.

01 février 2006

Youpi : Se "dépenser"

"Dé-penser", c'est arrêter de penser et DIEU QUE C'EST BON !! On dit toujours que l'esprit influence le corps, mais l'inverse est au moins autant vrai. Une heure à courir après un ballon, à frapper dans une balle, à n'avoir le cerveau connecté que sur les lignes de démarcation, etc... et ô combien avec la fatigue physique l'esprit s'allège !! S'oxygéner les neurones, c'est forcément s'occuper de son corps.
En ce moment, j'expérimente une autre forme de "dépense" : je chante. Enfin j'essaie. Mon impulsivité bêtasse a fait que je me suis portée (joyeusement) volontaire pour pousser la chansonnette et me voilà à passer mes mercredis après-midi à tenter d'éviter le ridicule en sortant mes poumons et mes tripes. Sacré défi quand on est seulement pro du solo sous la douche (en réalité c'est plutôt dans ma voiture que je braille le plus fort). Mais ces petites heures de tension ont le mérite elles aussi de m'aérer la tête, en plus de la gorge. Se faire violence, c'est quelque part se maintenir en bonne santé...

29 janvier 2006

Naturel / Pas naturel

Quand on dit que l'homosexualité est une déviance, quelque chose de pas naturel, voilà ce que je me dis : certes, l'humain, en ce qu'il est animal, est naturellement porté vers le sexe opposé, dans un souci instinctif de procréation. Si l'on admet que nous sommes des animaux, que nous devons agir en accord avec Mère Nature, alors oui, l'homosexualité est une déviance. Mais l'essentiel de nos comportements l'est alors aussi ! Manger sans avoir faim n'est pas naturel, la contraception n'est pas naturelle, se maquiller n'est pas naturel, décorer sa maison n'est pas naturel, travailler non plus n'est pas naturel !! Etc etc.
L'homophobie, qui prend pour garantie la Nature, est donc grotesque, avant même d'être malfaisante. Et quand des médecins se drapent derrière leur jargon et leurs années d'étude pour balancer ce genre d'énormités, je frémis d'horreur. Notre intelligence a fait sans doute que nous ne sommes plus des animaux, que nous ne sommes plus tout à fait naturels mais qu'au contraire notre évolution consiste en un constant trafic de la Nature.
Respecter la Nature n'a rien à voir avec le fait de croire s'y conformer, car personne n'a envie de revenir à l'état animal.

26 janvier 2006

Lecture : Moins que zéro, de Bret Easton Ellis

Dopée par la lecture du dernier ouvrage de Bret Easton Ellis, j'ai voulu lire le premier. Il était étudiant lorsqu'il a écrit ce récit qui narre la période de congé d'un... étudiant qui rentre chez lui. Pendant plusieurs semaines, ce ne sont qu'histoires de sexe et de drogue dans un milieu où personne n'a rien à perdre, où la vie est beaucoup trop aisée pour avoir une quelconque saveur.
Je suis loin d'avoir été séduite comme je l'ai été par Lunar Park, mais j'ai lu Moins que zéro sans déplaisir. L'histoire en elle-même est assez peu intéressante ; en revanche la froideur de la narration m'a fait penser une fois de plus à Crash de Ballard. On retrouve dans ces deux récits des personnages glaçants, qui ont "tout pour être heureux", pour avoir sinon une vie facile, au moins une vie banale, et qui essaient des plaisirs extrêmes et malsains, sans pour autant réveiller leur sensibilité.
J'ai un peu pensé aussi à L'Attrape coeurs, de Salinger, mais ce qui est troublant, c'est qu'il y a cinquante ans, le jeune bourgeois américain de 18 ans était révolté par le manque de tendresse et qu'il cherchait partout un peu de passion. Avec Bret Easton Ellis, (comme avec Ballard), il semblerait qu'il n'ait rien trouvé.

23 janvier 2006

Crépuscule depuis ma fenêtre

La Toile : et le monde réel dans tout ça ? (suite)

Sur le net, l'identité est une notion ambiguë, en tout cas différente de la réalité, de même que la notion de propriété. On peut tout y prendre sans que l'on puisse véritablement qualifier cela de vol ou de plagiat. On essaie d'appliquer des règles du monde réel, notamment pour tout ce qui concerne les copies de films et de musique mais cela me paraît bien vain. On ne peut pas fonctionner dans le monde de l'internet avec les règles qui réagissent la société, c'est tout simplement impossible, ingérable et même, cela n'a plus de sens. C'est un autre monde, avec d'autres voix et d'autres lois. Ces dernières restent à définir, sans doute, mais une chose me paraît certaine : on ne peut pas les calquer sur d'autres.
Tous les blogueurs renvoient à d'autres blogs, tous les sites renvoient à d'autres sites et utilisent des informations et des images qui viennent d'autres pages web. Il s'agit là d'une vaste communauté où l'individualité telle que nous la connaissons n'existe plus. Je n'émets là aucun jugement de valeur. Je me demande surtout quelle est la transformation que ce mode de communication de plus en plus présent (au point que le terme de "monde virtuel" devienne absurde) va avoir sur nos modes de communication réels, sur nos existences.

22 janvier 2006

La Toile : et le monde réel dans tout ça ?

L' "affaire Garfieldd", pas encore tout à fait close mais en tout cas momentanément apaisée, suscite beaucoup de réactions et d'interrogations. Au-delà de la réaction extrêmement dure de nos dirigeants envers lui, on peut voir aussi la crainte et l'ambiguïté qui règnent dans tout ce qui touche le monde de l'internet.
Il est très différent de lire un blog de quelqu'un que l'on ne connaît pas (en croyant apprendre à le connaître !) et de lire celui de quelqu'un que l'on connaît vraiment, et de reconnaître les lieux, les événements et les personnes qui sont décrites. Non, ce n'est pas pareil. Les blogueurs qui défendent Garfieldd (j'en suis bien sûr ! mais je le défends en tant que collègue) me semblent oublier ce paramètre.
Qui est-on lorsqu'on écrit un blog ? Lorsqu'on commente ? Lorsqu'on réagit ? L'identité que l'on a sur la Toile me paraît très floue. Dire que l'on est soi-même me paraît très facile et très faux ; se cacher (ou se montrer ?) derrière un pseudonyme est tout aussi équivoque.
Que cherche-t-on lorsque l'on "parle" sur la Toile ? Le blog intime est le cas extrême de cette étonnante contradiction qui apparaît possible, entre une impudeur totale et un enfermement complet. On livre le plus personnel et en même temps on se cache derrière un faux nom, et on attend des réactions de gens inconnus, dont on ne sait qu'un faux nom également.
La voix des blogueurs se fait de plus en plus entendre et écouter, mais cette voix, si elle est forte, ne me paraît pas pour autant bien claire.

20 janvier 2006

HOURRA !

Ce soir, le ministre a publié un communiqué de presse, dans lequel il dit revenir sur la sanction infligée à Garfieldd. OUF !!!
Restons vigilants quand même...




19 janvier 2006

Au sujet du "devoir de réserve"

Les choses ont l'air de bouger dans le bon sens pour notre ami Garfieldd. Les soutiens se multiplient, les articles que l'on peut lire ou entendre soulignent l'incohérence manifeste de la sanction (rappelons que qu'il n'y a aucune poursuite judiciaire à la suite de la révocation, ce qui prouve bien que celle-ci ne s'appuie en fait sur rien de véritablement grave) et les voix s'élèvent d'un peu partout (pour avoir toutes les infos, allez voir ). Plus la rumeur sera forte, plus elle aura de chances d'être entendue.
Je m'interroge ce soir sur ce "devoir de réserve" que notre proviseur aurait transgressé. Qu'en tant que fonctionnaire, en charge d'une mission d'éducation auprès d'élèves, on n'ait pas le droit de faire de prosélytisme, d'accord. En matière de politique, d'idéologie, de sexualité. D'accord. Garfieldd n'est pas accusé de cela : ses qualités de chef d'établissement ont été prouvées et il n'a jamais mêlé sa vie privée à l'exercice de sa fonction.
Alors, si un élève surprend un de ses enseignants en maillot de bain sur la plage ; s'il le surprend un peu éméché en boîte de nuit fêtant l'anniversaire d'un ami ; s'il le surprend main dans la main, bouche contre bouche avec quelqu'un dans une salle de cinéma ; s'il le surprend dans sa vie quotodienne, personnelle, privée, le professeur manque-t-il à son devoir de réserve ? Comment pourrait-on répondre oui à cette question ?
Alors, en quoi Garfieldd, qui ne s'est montré que dans sa sphère privée, avec ses goûts, ses réflexions, ses histoires, manque-t-il à son devoir de réserve ?

18 janvier 2006

Flagrant délit d'injustice

On se demande, on se demande de plus en plus ce qu'il en est de notre démocratie.
Un proviseur est révoqué : mesure extrêmement grave puisqu'elle est infiniment rare et qu'elle punit le condamné à ne plus jamais exercer dans la fonction publique, à ne recevoir aucune indemnité, bref, à une espèce de mort sociale. Alors on se dit que le délit est forcément terriblement grave, lui aussi. Logique : notre justice est juste, non ?... NON ?
Il a tué, violé, détourné de l'argent ce proviseur ? Non. Il a écrit des mots et publié des photos que l'Institution a qualifiés de "pornographiques". Et à quoi ça ressemble cette pornographie ? Des mecs en slip, une paire de fesses, des histoires d'amour. Mais il ne fait pas bien son travail ? Si si, il était très bien noté, un parcours exemplaire. Les gens qui travaillent avec lui s'en sont plaint ? Ah non, jamais, au contraire, il est très apprécié. Ah oui, ce proviseur est homo. Est-il concevable que ce soit cela qu'on lui reproche ?
J'ajoute que ce proviseur, j'ai travaillé trois ans avec lui et que c'est le meilleur proviseur que j'ai connu. On l'a nommé dans notre lycée pour le sauver d'un proviseur incompétent et nuisible (qui lui a été envoyé dans un plus grand lycée dans une autre académie) ; et en trois ans il a redressé la barre. Tout le monde lui en a été reconnaissant et a regretté son départ.
J'ajoute encore que j'ai lu son blog et que je l'aimais beaucoup : il écrit très bien et c'était émouvant, drôle, intelligent, sentimental. Mais absolument jamais "pornographique", ni même indécent.
J'ajoute enfin que je suis bouleversée et révoltée par ce qui lui arrive, comme tous ceux autour de moi qui le connaissent.
De nombreux blogueurs comme Ron offrent des liens pour consulter les articles liés à cette terrible histoire et des extraits du blog incriminé. Heureusement, la presse est plutôt avec lui. Un avocat blogueur publie une lettre ouverte au ministre dont on ne peut qu'espérer qu'elle trouvera écho auprès de ceux qui ont le pouvoir sur notre existence. Il est de notre devoir de défendre ce proviseur qui n'a commis aucun crime, et de nous insurger contre cette sanction démesurée et injustifiée, pour lui mais aussi pour nous tous. La formule est pompeuse mais je pense qu'elle est vraie : l'heure est grave pour notre démocratie et nos libertés individuelles.

16 janvier 2006

Lecture : Lunar Park, de Bret Easton Ellis

Difficile de parler de ce livre. Il est inclassable : si la première partie est clairement autobiographique, le roman proprement dit est d'une teneur beaucoup plus vague et dérangeante, ce qui participe grandement de son charme.
Au début, l'auteur raconte son parcours d'écrivain et c'est déjà captivant parce qu'il retrace son fulgurant succès parallèlement à sa déchéance personnelle, avec une simplicité et un détachement déconcertants par rapport à l'énormité de ce qu'il raconte. Ensuite démarre une histoire à la fois étrange et familière. Il est toujours Bret Easton Ellis, et la narration continue à s'apparenter à de l'autobiographie, mais interviennent des événements surréalistes pour ne pas dire complètement fous.
Dans Crash, de Ballard, il y avait déjà ce mélange singulier de réalité et de fiction, notamment à cause du fait que l'auteur se mettait en scène en utilisant son propre nom pour le personnage principal, et que les événements ne semblaient pas tout à fait futuristes. Le lecteur est fortement dérouté par cette limite indécise entre vérité et fiction et ce principe est omniprésent dans le récit d'Ellis. Sa lecture est une expérience complètement nouvelle.
Sans doute est-ce pour cette raison que cet auteur est parfaitement moderne : l'incertitude entre les mondes réel et virtuel, entre la vie privée et la vie publique, est indubitablement le phénomène le plus emblématique du XXIe siècle. Les notions d'intimité et de réalité sont en plein bouleversement avec l'importance grandissante du monde virtuel, qui existe de plus en plus.
Le livre d'Ellis est donc déroutant et passionnant.

15 janvier 2006

La patate chaude : c'est mon tour

Paraît que ça tourne au sein des blogs et on m'a défié de m'y coller, alors je m'y colle...

Les 7 choses que je veux faire avant de mourir :
- apprendre plein de choses par coeur (parce que je n'ai pas la mémoire que je voudrais, même pour les choses que j'adore)
- écrire des choses simples et surtout impérissables
- 50 super parties de jambes en l'air
- rouler à 200km/h sur circuit dans une super bagnole
- contribuer à empêcher l'installation d'une droite fascisante au pouvoir
- finir mon analyse
- manger des ris de veau et des huîtres chaudes

Les 7 choses que je sais bien faire :
- me moquer des autres
- le magret de canard au miel et au cumin
- chanter dans ma voiture
- les massages
- les listes de choses à faire
- rêver
- poser des questions

Les 7 choses que je ne sais pas faire :
- m'empêcher d'être impatiente
- le calcul mental
- travailler quand j'ai pas envie
- m'assoir en tailleur
- mentir
- lire sans sauter des passages
- jouer avec des enfants plus d'un quart d'heure

Les 7 choses qui m'attirent dans le sexe opposé :
- le poil brun (sur la tête uniquement)
- le manque d'intérêt manifesté pour ma personne
- l'humour
- l'intelligence discrète
- la propreté (genre qui pisse pas sur le bord de la cuvette)
- les connaissances dans tous les domaines où je n'y connais rien
- les mains

Les 7 choses que je dis souvent :
- "genre"
- "qui craint de souffrir souffre déjà de ce qu'il craint" (c'est Montaigne qui l'a dit avant moi)
- "ça me troue le cul"
- "non? pas possible !"
- " j'ai plein de cheveux blancs"
- "vivement ce soir qu'on se couche"
- "j'ai faim"

Les 7 béguins pour des célébrités :
- Johnny Depp
- Montgomery Cliff (je sais, il est mort, et en plus il était homo)
- Bruce Willis
- Anthony Perkins (je sais, idem que Montgomery)
- Thomas Fersen
- Nicole Kidman
- Sharon Stone

Tout ceci au pied levé ; c'est-à-dire que dans deux heures j'aurais envie de tout changer. Mais il y a quand même du vrai dans tout ça.

14 janvier 2006

Youpi : Y'a de l'action

Le pire ennemi du bonheur et de la joie de vivre, c'est l'ennui. Toutes les dépressions ont pour symptôme principal l'inaction, le manque d'énergie et de volonté. Alors, même si on est un peu débordé, même si ça va un peu trop vite et pas toujours exactement comme on veut, ni de façon très simple, quand y'a de l'action, ça va bien. Faire bouger les choses, être un acteur de son existence, c'est bon ! On évite de penser à des choses stériles, on vit, quoi.

11 janvier 2006

Lecture : Une Voix dans la nuit, d'Armistead Maupin

Je ne connais rien de meilleur qu'être plongée dans un livre. Il y a dans certains plaisirs de lecture une intensité dont je ne sais aucun équivalent. Le roman de Maupin, Une Voix dans la nuit, m'a absorbée de façon dense et délicieuse. Ce n'est sans doute pas un chef d'oeuvre révolutionnaire mais il y a une magie certaine dans ce livre.
L'histoire, écrite à la première personne, raconte l'histoire d'un écrivain relativement célèbre qui vient de se faire plaquer par l'homme de sa vie et qui fait la connaissance d'un jeune garçon. Ce dernier est malade du sida à la suite de traumatismes effroyables subis dans son enfance par ses propres parents. Comme il habite à l'autre bout des Etats-Unis, les deux personnages construisent une amitié téléphonique, jusqu'à ce que le narrateur commence à douter de l'existence réelle de l'enfant.
L'originalité du roman réside essentiellement dans le fait qu'il mêle une intrigue sentimentale assez traditionnelle à un véritable thriller. Le cocktail est émouvant et captivant. A lire !

08 janvier 2006

Lecture : Code zéro, de Ken Follett

Un pas de plus dans la réconciliation avec Ken Follett, même si on est toujours très très loin des Piliers de la Terre, avec le thriller intitulé Code zéro.
L'intrigue, pourtant, a quelque chose d'un peu obsolète dans la mesure où, ça faisait longtemps, on retrouve l'affrontement entre les vilains soviétiques et les bons américains. Mais en fait, le contexte de la guerre froide n'est pas l'occasion d'un dithyrambe en faveur des Etats-Unis ni d'une diatribe contre les malfaisants communistes. Certes, l'auteur nous glisse quand même que c'est en espionnant l'Amérique que les russes ont réussi à être les premiers à envoyer une fusée dans l'espace, et que donc ils n'ont jamais dominé réellement cette science, mais bon. L'histoire est bien ficelée et on dévore. De quoi passer un bon week-end en s'aérant la tête.

07 janvier 2006

Beurk : les histoires de sousous

Devenir propriétaire est une perspective qui me réjouit ; qui m'angoisse aussi mais surtout qui me galvanise. Je suis contente d'avoir sauté ce pas que je n'envisageais même pas il y a encore six mois. Mais il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.
Mais il y a une chose détestable, c'est la question de l'argent. Et encore, je sais très bien que j'ai de la chance dans la mesure où trouver de l'argent ne va pas être difficile. Non, ce qui est "beurk", c'est de devoir traiter avec les banques. Spéculer, monnayer, rentabiliser, extorquer, voilà un monde incoutournable de nos sociétés actuelles. Sous couvert de notre intérêt bien évidemment, des milliers de gens empochent des millions. Il y a quelque chose de complètement surréaliste dans l'importance hénaurme qu'occupe la finance par rapport à la réalité qui nous entoure. Ce qui détermine nos vies, ce sont des chiffres sur des ordinateurs. La monnaie n'existe même plus en vrai, et elle n'était déjà qu'un objet symbolique.
Je suis assez nulle en maths et fatiguée par les discours de ces voleurs professionnels, mais je me laisserai le moins possible déplumer.

Lecture : Un an, de Jean Echenoz


La littérature contemporaine française, c'est parmi ce qui manque le plus à ma culture. Alors, quand j'ai entendu, durant mon émission culte, à savoir Le Masque et la Plume, ce nom d'auteur qui m'était déjà vaguement familier, je me suis précipitée dans ma médiathèque préférée pour lire un ouvrage de : Jean Echenoz.
J'ai choisi le plus petit, on ne sait jamais.
Eh bien, je l'ai lu vite mais je n'ai pas éprouvé de déplaisir ni de véritable plaisir. L'histoire étrange et froide de cette jeune femme qui fuit Paris et tombe dans la déchéance matérielle m'a parfois fait penser un peu à une ambiance kafkaïenne : du réalisme banal et du fantastique en même temps. Mais à part ce sentiment d'étrangeté, je n'ai rien trouvé de particulièrement attachant dans ce petit roman.

04 janvier 2006

Mais où va-t-on ?...

Franck Pavloff, dans sa brève nouvelle Matin Brun, fait réfléchir sur l'installation de la tyrannie à cause de l'individualisme et de la passivité de chacun. On se dit bien sûr qu'on ne serait pas comme ça, qu'on serait moins naïf, moins égoïste et moins soumis. On se rassure et on y croit. Et puis c'est du conditionnel. Et puis...
Et puis de temps en temps, de plus en plus souvent d'ailleurs, on apprend des petites choses étranges : derrière les grands discours des politiques, les choses changent et pas dans le sens des discours, comme c'est bizarre. On prône la tolérance, on vilipende l'extrême-droite, on se dit progressiste et soucieux du bien d'autrui, etc. Et puis on se rend compte qu'on a beau manifester, on ne se fait jamais entendre : les lois passent quand même. Y'en a même d'autres qui arrivent et du jour au lendemain on n'a plus qu'à faire avec.
Tiens ça me rappelle une petite phrase comme je les aimais, ado, parce qu'elle avait quelque chose d'un peu facile et de rebelle en même temps : la dictature, c'est ferme ta gueule, et la démocratie, c'est cause toujours. Aujourd'hui cette petite phrase ne résonne plus tout à fait pareil à mes oreilles. J'ai presque peur, parfois, sans oser tout à fait me le dire : dans le pays des droits de l'homme, dans ce modèle de démocratie qu'est la France, serait-il possible que l'opinion des citoyens ne compte plus ? Serait-il possible que tout ne soit pas transparent? Serait-il possible qu'un cadre de la fonction publique soit suspendu parce qu'il est homo et qu'il ne l'a pas dissimulé ? Ah oui, ça c'est vrai, je l'ai appris par hasard mais chut, top secret.
Mulder, X-files, un feuilleton américain, la théorie du complot gouvernemental, on nous cache tout on nous dit rien... fiction, hein ? Pas de ça chez nous, n'est-ce pas ; non, ça se saurait...

Lecture : La Part de l'autre, d'Eric-Emmanuel Schmitt

Moyennement convaincue par Mes Evangiles mais poussée par l'envie d'être séduite par l'auteur français, prolixe et célèbre qu'est Emmanuel Schmitt, j'ai entamé La Part de l'autre avec curiosité et j'ai d'ailleurs lu ce pavé très rapidement. Malheureusement, je ne l'ai pas aimé.
Il s'agit de la double biographie d'Adolf Hitler depuis le résultat du concours d'entrée aux Beaux arts à Vienne, jusqu'à sa mort. Le principe qui a conduit l'auteur a été, dit-il, de montrer l'humanité du personnage et d'imaginer ce qu'il serait devenu s'il était devenu peintre.
Je viens de lire plusieurs critiques élogieuses et franchement je ne comprends pas. Que l'oeuvre ne soit pas déplaisante à lire, certes, mais c'est bien le seul agrément que l'on peut y trouver et compte-tenu de l'ambition du récit, cette qualité me paraît fort faible.
Aucun des deux récits ne m'a paru crédible : ni le récit de la vie imaginée de l'artiste Adolf H., ni celle du véritable dictateur. L'une comme l'autre m'ont paru très caricaturales. Le peintre d'abord, humble et sensible voit surtout se dérouler un destin irréprochable grâce à une psychanalyse express, radicale et grotesque par Freud himself, et par l'apprentissage d'une sexualité généreuse. Grâce à cela, Hitler exècre la guerre, vénère son grand ami homosexuel, s'épanouit en France, épouse une juive (parce qu'il adore les juifs, évidemment). Quant au véritable Hitler, aigri par son échec artistique, galvanisé par la guerre où son coeur bat seulement pour un chien errant (son envie de vengeance naît évidemment de l'assassinat insupportable dudit toutou par un obus ennemi), durci par une absence de sexualité, je ne l'ai pas non plus trouvé convaincant du tout.
Qu'Hitler soit un être humain, on n'avait pas besoin de Schmitt ni de ce roman pour l'apprendre. Que tout aurait été différent s'il avait été admis aux Beaux arts, c'est probable. Mais qu'il aurait pu ressembler à ce personnage sensible et avoir ce parcours idéal, non, on n'y croit pas. Plus grave me semble-t-il est cette mise en parallèle avec cet Hitler réel, dont l'auteur prétend nous faire la biographie intime, et qui sombre lui aussi dans la caricature.

01 janvier 2006

1er janvier !

On n'est pas plus loin d'hier que d'avant-hier et pourtant, le 1er janvier, c'est pas pareil. Même si c'est plus symbolique qu'autre chose, la date marque un nouveau départ, une nouvelle impulsion : il y a dans l'air une énergie qu'il n'y avait pas le 31 décembre !
Je souhaite à tous ceux que j'aime que 2006 soit une bonne année, avec son lot de joies et de surprises, de continuités utiles et de changements bienfaisants.
Je souhaite à tous ceux qui le méritent (notion très relative, je sais bien) de récolter les fruits de leur valeur et de réussir dans ce qu'ils entreprennent.
Et puisque je m'aime très beaucoup et que je le mérite vachement, je me souhaite une excellente année, pleine de variétés et de nouveautés, de joies amicales et amoureuses, de projets et de progrès dans tous les domaines !

30 décembre 2005

Lecture : Des Chrétiens et des Maures, de Daniel Pennac

Cinquième opus de la série des Malaussène (si je ne me trompe pas), Des Chrétiens et des Maures est dans le droit fil des aventures précédentes de l'ex-bouc émissaire. Sauf qu'il est beaucoup trop court !!
Comme d'habitude (délicieuse habitude), l'histoire est à la fois très simple et très compliquée et je n'ai de toutes façons pas l'intention de la raconter, mais l'imagination de l'auteur fait partie du plaisir de la lecture. Ce que j'y aime aussi, c'est le ton : gravement drôle, ou bien humoristiquement grave, j'hésite. En tout cas, tout cohabite avec fluidité dans les histoires de Benjamin Malaussène : le réalisme et le fantastique, le pathétique et le comique, l'émotion et le sanguinolent, j'en passe et des meilleures. J'adore les personnages des amis arabes, le chien Julius, la surprise systématique du sens du titre. C'est parfaitement fantaisiste et étonnamment crédible en même temps.
Je crois que je vais relire la série.

29 décembre 2005

Youpi : La neige

L'hiver, c'est pas glop, je l'ai déjà dit. Mais, comme dans toutes choses, il y a quand même quelque chose de bon à prendre dedans : la neige.
Quand la neige a recouvré jusqu'à la plus petite branche des arbres, qu'elle redessine mollement tous les contours du paysage, c'est magique. Le bruit des pas dans la neige, ce crissement très particulier, est parfaitement délectable, d'autant que l'enneigement est curieusement toujours synonyme de silence, comme si tout s'était endormi sous la couche des flocons amoncelés. Le temps semble suspendu. Tout paraît doux comme du coton, et même l'impression de froid n'est plus aussi vive. Qui n'a pas eu envie de se rouler dedans ? Et puis, même sous le ciel laiteux au travers duquel on serait bien en peine de deviner la présence du soleil, même lors d'averses épaisses, la lumière est éclatante. Tant pis si on est bloqué quelque temps, tant pis si ça glisse, tant pis si ça fait quand même froid, la neige, c'est féérique.

27 décembre 2005

Prague (3)

A Prague, il y a un quartier juif (Josefov), tranquille et beau.
Les juifs seraient aujourd'hui très peu nombreux dans la capitale tchèque. Subsistent cependant de leur longue présence dans la ville de nombreuses synagogues et un fantastique cimetière.
Au milieu des habitations, entre de hauts édifices, à peine caché derrière un muret se trouve le grand cimetière juif. Ce qui est extraordinaire, c'est que les tombes semblent posées de façon anarchique et sont le plus souvent de guingois. Du coup, le spectacle a quelque chose de très étrange. Aucune fleur (des petits caillous déposés sur les stèles sont les seules traces d'hommage aux défunts), aucune pierre tombale, seulement des blocs de pierre plus ou moins richement gravés, plus ou moins grands, fichés en terre.
Sur les murs intérieurs de la synagogue Pinkas, ont été inscrits les 77000 noms des victimes des persécutions nazies qui venaient de Bohème et de Moravie. On y trouve aussi une exposition unique et également très émouvante : des dessins d'enfants qui étaient dans le camp de concentration de Terezin.
La synagogue espagnole, qui ressemble à une mosquée, est très belle.

25 décembre 2005

Youpi : les silences

J'adore la musique. J'aime écouter aussi les voix et les mots des autres. Je peux aimer parler également. Mais les silences ! ô rafraîchissants silences...
Il y a le silence lourd et profond de la nuit que l'on écoute en secret, comme un voleur parce qu'on a peur de le briser. Il y a les moments de silence de la journée, intermèdes fragiles dans des heures d'activités bruissantes. Et puis il y a les silences des gens que l'on aime, ces moments de douceur, de complicité et de communion plus intenses que n'importe quelle phrase échangée. Partager le silence avec quelqu'un est rare et précieux. On a tant besoin de mots et de bruits pour avoir l'impression d'exister ! Le silence fait peur car on croit souvent qu'il est synonyme de vide alors que ce sont si souvent les mots qui sont creux.

22 décembre 2005

De l'intelligence

Il y a sans doute dans l'intelligence une part de don, une part d'inné. Mais c'est loin de rendre l'individu forcément intelligent.
Je crois de plus en plus qu'on est intelligent lorsqu'on entretient cette faculté. Etre intelligent, c'est d'abord être curieux et être capable de se renouveler, de s'ouvrir. C'est donc tout sauf une donnée immuable. Je crois donc qu'il existe beaucoup de gens qui deviennent idiots parce qu'ils étouffent leur attention tournée vers l'extérieur, qui est la condition sine qua non pour être intelligent.
L'intelligence passe nécessairement par l'observation, au sens le plus fort du terme. Et si on a un certain "don" au départ, on est alors capable d'étudier, de comprendre, et de s'enrichir de ce que l'on a observé. Mais si l'on est incapable de montrer de l'intérêt véritable, ce "don" ne s'exerce pas, il est comme mort et l'on reste englué dans un fonctionnement, des idées, des préjugés. Bref, on est parfaitement con.
A l'inverse, je crois que des gens qui sont surtout curieux et ouverts peuvent devenir plus intelligents que leur "don" ne le leur permettait au départ.
D'une manière générale, l'intelligence est une faculté qui s'entretient, se nourrit, pour se développer et même seulement exister. L'évolution de l'homme en est sans doute le meilleur exemple : on date l'intelligence de l'humain à partir du moment où il a été capable de créer; et créer, c'est bien changer quelque chose, aller plus loin.

18 décembre 2005

Beurk : Les départs

Je hais les départs...
Entre la perspective d'oublier quelque chose, de n'avoir plus tant que ça besoin de partir, voire même de rater une montagne de rendez-vous et occupations indispensables, ces journées de préparatifs sont insupportables.
Le plus incroyable, c'est que même les départs pour des destinations choisies, attendues, enthousiasmantes, sont profondément désagréables. Ce sas incontournable entre deux lieux n'est jamais plaisant. Faire ses bagages, ranger la maison, abandonner son petit quotidien, même si on l'attendait depuis longtemps, est un pincement de coeur. Ridicule et passager, mais pincement de coeur tout de même.
Est-ce que j'ai pensé à couper l'eau ? Dois-je fermer tous les volets ? A combien laisser le chauffage ? N'ai-je rien laissé dans le frigo ? Qui va s'occuper de mon courrier ? Et si j'ai mal fermé la porte ? Est-ce que j'ai pris assez de vêtements ? Si ça se trouve je vais vraiment me faire ch... ?
Bon, ok, je ne pars qu'une semaine... Mais ça ne change rien.

15 décembre 2005

Lecture : Le Troisième jumeau, de Ken Follett


J'avais été enthousiasmée par Les Piliers de la terre. Et complètement déçue par La Marque de Winfield. Je situerais, pour ce qui concerne mon plaisir de lecture, Le Troisième jumeau entre les deux.
Le thème, un thriller fondé sur la génétique et des expériences eugénistes, est assez banal, mais peut-être ne l'était-il pas encore au moment de sa parution, il y a presque dix ans. On n'y apprend pas grand-chose mais on dévore 500 pages allégrement, et ce n'est pas négligeable. On est loin du souffle épique des Piliers de la terre (j'ai d'ailleurs du mal à croire que c'est la même personne qui a écrit ce livre) mais on ne tombe pas non plus dans l'indigence romanesque de La Marque de Winfield. Rien d'impérissable donc, mais une lecture facile et divertissante.

11 décembre 2005

Youpi : un dimanche

Même quand c'est l'hiver et qu'il fait un froid à pas mettre une mèche de cheveux dehors, qu'on a un peu mal à la gorge et un peu de boulot en retard, certains dimanches sont très appréciables.
Celui-ci, je l'ai passé à lire, essentiellement. Je l'ai aussi passé en pyjama et poncho, sans même un soutien-gorge. J'ai fait du feu dans la cheminée et à peine écouté de musique. Même la lessive et le repassage ont été agréables. J'ai discuté une heure au téléphone avec une amie qui va bien, j'ai rêvé à l'aménagement de ma future maison, et aux vacances dans une semaine.
OK, y'a rien d'intéressant à dire sur cette journée, mais justement, quand on ne s'est pris la tête sur rien ni avec personne, que les heures ont glissé toutes seules toute la journée, moi je dis : youpi.

Lecture : Mes Evangiles, d'Eric-Emmanuel Schmitt

C'est le premier ouvrage que je lis de cet auteur. Je trouvais le sujet osé : réécrire sa version des Evangiles, sans prétention, mais seulement selon sa propre vision des choses, son imagination. L'ouvrage est la réécriture d'un autre, L'Evangile selon Pilate, et cette version se veut plus incisive et davantage inspirée par une écriture théâtrale que romanesque. Il est divisé en deux parties : d'abord "La Nuit des oliviers", qui raconte à la première personne le parcours de Jésus. Puis la seconde, "L'Evangile selon Pilate", qui, sous forme de dialogue centré sur la personne de Pilate, narre la mort et la résurrection du Christ.
La première partie offre la vision assez attachante d'un Jésus dont la foi est surtout fondée sur l'humilité et le doute, et pas du tout sur des certitudes et la révélation. Le récit semble essentiellement conduit par un souci de crédibilité: les miracles de Yéchoua (Jésus) ne sont empreints d'aucun mysticisme mais presque expliqués, en tout cas vus par un oeil rationnel (rappelons que le récit est écrit en focalisation interne), comme si l'auteur, pour croire en la figure du Messie, avait souhaité le rendre parfaitement humain (Jésus est d'ailleurs le fils parfaitement naturel de Joseph et Marie). Le message d'amour est en revanche mis en valeur d'une façon assez émouvante.
La seconde partie tient moins bien la route que la première. Surtout à cause du dialogue, dont on ne comprend pas la volonté qu'a eue l'auteur de lui donner un semblant de forme théâtrale ; et cette partie cherche aussi à expliquer rationnellement le mystère de la figure du Christ et de sa résurrection. Ce qui m'a choquée surtout, c'est le langage : le vocabulaire du XXe s. qui apparaît de temps en temps mais même pas assez souvent pour sembler être un parti pris de réactualisation, fait tache.
A noter que l'ensemble est très court, mais ne me paraît pas pour cette raison gagner en force. Si la première partie est originale, la deuxième, parce qu'elle fonctionne sur les mêmes ressorts, mais en plus appuyés, est décevante.

07 décembre 2005

Youpi : un petit moment de bonheur



J'inaugure aujourd'hui une nouvelle catégorie dans mon blog, laquelle vient contrebalancer la catégorie "Beurk", puisque, comme son titre l'indique, celle-ci est consacrée aux plaisirs.
Eh oui, il est bon aussi de livrer les bonnes choses, comme une soirée amicale. Si les autres peuvent être source de tracas, de colère, de douleur, ils peuvent être également une grande source d'agrément. Et l'amitié dans ce domaine est une valeur sûre. Le plaisir ou le bonheur sont plus difficiles à décrire parce qu'ils souvent extrêmement simples : une soirée avec quelqu'un qu'on aime, avec qui on se sent libre et bien, à ne rien faire d'autre que discuter et rire, quoi de meilleur ? Toute la journée, nos différentes occupations et relations nous incitent à faire. Quelle douceur de n'avoir qu'à être ! Quel bonheur intenssissime que de passer des heures sans penser à rien d'autre qu'au moment présent, que de communier par l'esprit avec l'autre sans se soucier de quoi que ce soit ! On peut vivre sans amant, mais pas sans ami.

03 décembre 2005

Beurk : la pluie

"Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle", que c'est l'hiver et qu'il fait froid et qu'en plus il pleut, beurk beurk beurk !!! Qu'on ne vienne pas me dire que c'est bô, ces gougouttes qui font des mares ondoyantes et qui constellent les vitres de petits éclats brillants ! Ou encore que c'est bienfaisant, cette eau céleste qui vient fertiliser le sol ! Non, cette humidité froide est détestable, cette lumière grise est détestable, se tremper les pieds est détestable (et je ne parle même pas des infiltrations malencontreuses dans le cou), cette musique de cascade est détestable. Je ne connais qu'un aspect agréable à la pluie : c'est le poème qu'en a fait Ponge en ouverture du Parti pris des choses. Là seulement, elle y a quelque chose de doux et délicat. Extraits : " Sur des tringles, sur les accoudoirs de la fenêtre la pluie court horizontalement tandis que sur la face inférieure des mêmes obstacles elle se suspend en berlingots convexes. Selon la surface entière d'un petit toit de zinc que le regard surplombe elle ruisselle en nappe très mince, moirée à cause de courants très variés par les imperceptibles ondulations et bosses de la couverture." Le poème se termine ainsi : "La sonnerie au sol des filets verticaux, le glou-glou des gouttières, les minuscules coups de gong se multiplient et résonnent à la fois en un concert sans monotonie, non sans délicatesse. Lorsque le ressort s'est détendu, certains rouages quelque temps continuent à fonctionner, de plus en plus ralentis, puis toute la machinerie s'arrête. Alors si le soleil reparaît tout s'efface bientôt, le brillant appareil s'évapore : il a plu."

28 novembre 2005

Livre et film : Entretien avec un vampire

Il existe quelques thèmes ou figures qui ont engendré à toutes les époques des réécritures, littéraires ou filmiques. Le Vampire en fait partie. Depuis Bram Stocker, les buveurs de sang ont suscité nombre d'histoires plus ou moins réussies. Entretien avec un vampire, d'Anne Rice, fait partie dit-on, des chefs d'oeuvre du genre.
J'admets qu'il y a dans son roman beaucoup de trouvailles ingénieuses qui renouvellent le mythe : elle parvient à dessiner un monde parallèle au nôtre où les vampires ont un fonctionnement étrange, à la fois humain et décalé. Leur érotisme en particulier est quelque chose d'extrêmement troublant. Mais il me semble que toutes les valeurs de l'histoire sont gâchées par une overdose de lyrisme romantique. Les longues pages décrivant les errements psychologiques des personnages principaux sont largement inutiles et vont même jusqu'à ternir fortement l'envoûtement qu'ils suscitent chez le lecteur.
Le film de Neil Jordan, dont Anne Rice a fait le scénario, en l'ayant vu après avoir lu le roman, me semble plutôt réussi : la grande qualité de l'image, sombre et colorée, restitue le monde nocturne et capiteux dans lequel les vampires évoluent. Les acteurs sont excellents : Tom Cruise et Brad Pitt, mais aussi la jeune Kirsten Dunst, qui parvient à jouer une femme dans le corps d'un enfant. Je suis beaucoup plus mitigée quand au choix d'Antonio Banderas dans le rôle d'Armand : l'incroyable magnétisme qu'il est sensé susciter auprès de Louis (Brad Pitt) m'est paru peu perceptible. Et bien sûr, le film a été débarrassé du verbiage du roman.
Il ne me semble pourtant pas que l'on retrouve sur l'écran toute la magie, toute l'ambiguïté émotionnelle de la version écrite. Je crois en fait que j'aurais beaucoup plus apprécié le film si je n'avais pas lu le livre.

27 novembre 2005

D'anciens et nouveaux pouvoirs

Aujourd'hui les médias traditionnels (télévision et radio) ne sont plus du tout des organes de contre-pouvoir. Ils sont passés du côté du pouvoir, et n'occupent plus cette place de critique, de porte-parole du peuple, de contestation des hautes sphères. Ils le prétendent encore bien sûr, mais ce n'est plus le cas. Ils sont aujourd'hui le relais de ce dont ils se faisaient hier les observateurs, et prétendent en plus à avoir la même puissance.
C'est une généralité sans doute : il est probable que l'on peut encore trouver aujourd'hui des journalistes, des journaux, des émissions (ces dernières, pour cause d'audience, sont certainement fort peu nombreuses) qui sont encore indépendants et instructifs. Mais pour l'essentiel, il n'y a que du verbiage et un souci de protection, sans parler de la manne financière qui a investi depuis un certain temps déjà le domaine de l'information. Notre intelligence est encore sollicitée par la presse écrite, parce qu'elle a peu d'impact justement.
Cette démission du journalisme laisse la porte ouverte à d'autres moyens de s'informer, d'avoir un regard critique, subjectif mais sincère : les blogs notamment, organes d'information informelle qui ont au moins l'avantage de ne pas prétendre de façon hypocrite à l'objectivité. Ce n'est pas anodin : leur nombre augmente de façon exponentielle, autant du côté des créateurs que des lecteurs...

24 novembre 2005

Lecture : Le Sang du temps, de Maxime Chattam

Sans être capable d'avancer des chiffres pour rendre mon assertion imparable, je dirais que le polar est le genre littéraire qui règne en maître au sein de l'édition mondiale depuis la deuxième moitié du XXe siècle. J'ai le sentiment que non seulement chaque pays a son auteur phare de romans policiers mais qu'on trouve toutes les époques et tous les pays sont le cadre d'une histoire, et même d'une série policière. Exemples les plus célèbres : l'Antiquité chinoise avec les enquêtes du Juge Ti et le Moyen-âge européen avec le moine Cadfaël.
Le dernier ouvrage de Chattam est à l'image de cette variété des contextes puisqu'il se passe à la fois dans l'Egypte des années 20 et à une époque très contemporaine. C'est la première qualité du roman : les deux histoires progressent parallèlement avec une grande fluidité. On lui a reproché sa lenteur : il est certain qu'on est loin de la frénésie dans l'horreur de la trilogie précédente, mais on ne s'y ennuie pas pour autant. Ce que j'ai surtout aimé dans ce thriller, c'est ce que je n'ai pas trouvé dans le Da Vinci Code lu juste avant : des personnages qui ont une consistance, une finesse psychologique, et puis un peu de poésie dans les atmosphères évoquées.
Longtemps je n'ai pas aimé les polars, qui se réduisaient dans mon esprit à des intrigues plus ou moins bien ficelées, et parfaitement dénués de qualité littéraire. Certes, on publie encore des Mary Higgins Clark ; mais il y aussi des Maxime Chattam. Et là, le polar est hissé au rang d'oeuvre littéraire.

23 novembre 2005

Beurk : la mauvaise foi

Plus encore qu'à la bêtise ou à l'opposition totale sur un sujet, insupportable est de se heurter à la mauvaise foi.
Elle a ceci d'intolérable qu'il est impossible de discuter. On ne peut faire entendre raison à quelqu'un s'il fait preuve de ce manque d'intelligence qu'est la mauvaise foi. Je ne connais pas de comportement plus horripilant que celui-là, à cause de son injustice : celui qui fait preuve de mauvaise foi fait comme s'il avait raison, nie la réalité ou la vérité la plus évidente et se rend ainsi inaccessible. Il tend même à faire passer son interlocuteur pour un idiot. La meilleure attitude est de s'en détourner, mais ce n'est pas toujours facile !

20 novembre 2005

Musique : Thomas Fersen

Thomas Fersen (prononce-t-on le "s" de Thomas ?), il me semble que c'est d'abord du texte, et un art de la rime. Des bêbêtes souvent, du morbide fréquemment aussi, et beaucoup d'humour. Les personnages qui reviennent le plus souvent dans ses chansons sont à la fois banals et atypiques (l'assassin et son domestique dans "Monsieur", le gardien du cimetière dans "Croque") ; ou bien des petits hommes faibles et émouvants (bouleversant "Dugenou"). Il y a un peu de surréalisme chez Fersen ("La chauve-souris et le parapluie"). Difficile à classer, ce qui est sûr, c'est qu'il a une couleur bien à lui. Ses musiques y participent également : souvent entraînantes, que ce soit avec la guitare, l'accordéon, l'harmonica ou la violon. Il y a son débit aussi : grave et nonchalante, sa voix est gouleyante, comme un bon vin qu'on boirait le dimanche soir devant le feu de cheminée.
Sur scène, maigre et économe de son sourire et de ses mouvements, il campe son personnage dans son costume de clown noir et blanc. Avec ses acolytes au chapeau melon, ils ressemblent un peu aux héros de Orange mécanique. Thomas Fersen a en plus un regard très intense qui ajoute encore à la similitude avec l'Alex du film de Kubrick. Bref, il s'agit d'un personnage étrange et attachant, image qu'il cultive sans doute, et d'un excellent specimen de "chanson française", expression à laquelle il donne toutes ses lettres de noblesse.

19 novembre 2005

Livre et film : Kennedy et moi

Avant le film de Sam Karmann en 1999, il y a eu le roman de Jean-Paul Dubois. Les deux racontent l'histoire d'un homme qui a été écrivain, qui a épousé une femme et a eu deux enfants, et qui sombre dans la dépression avec beaucoup de cynisme et de cruauté.
Si le roman est intéressant, le film qui l'adapte est à mon avis bien mieux réussi encore. Le réalisateur a su rendre le personnage à la fois plus attachant et le tableau de la dépression encore plus poignant, sans une once de misérabilisme. Il a respecté l'histoire mais aussi ajouté des choses qui sont parmi les plus beaux moments du film, à savoir les visites du héros au vieil homme de la maison de retraite. C'est un film intime, pudique, dur et profondément attachant, magnifié par la présence et les silences de Jean-Pierre Bacri, la beauté de Nicole Garcia. Le rôle du psychanalyste à la mystérieuse montre gagne également en intensité avec le jeu, et la voix !, de François Chattot.

18 novembre 2005

Cinéma : Match point, de Woody Allen

Le cinéma de Woody Allen, ou plutôt sa caricature, c'est : au moins un homme névrosé, de belles femmes, New-York, des inquiétudes existentielles, l'humour (juif) et beaucoup de dialogues. Cocktail souvent jouissif d'ailleurs. Mais Match point se présente comme un ovni dans l'oeuvre du réalisateur : c'est un film grave, où la psychologie est plus subtile que bavarde.
Ce que j'ai aimé d'abord, c'est la surprise constante : on ne s'attend pas à ce qui va se passer et pourtant tout s'enchaîne. Ensuite, les personnages sont à la fois simples, sans être simplistes : le frère, les parents, ces bourgeois englués dans une morale extrêmement rigide ne sont pas une seconde brossés avec facilité. Enfin, les deux acteurs principaux sont remarquables, pour une raison très claire : dans le même film, dans la même histoire, ils nous attendrissent pour nous faire horreur ensuite, avec la même force.
En revanche, je regrette de n'avoir pas compris le fond du propos du cinéaste : l'idée qui ouvre le film, celle de ces instants de chance qui font basculer une vie, ne m'a pas paru refléter l'histoire, alors qu'on y revient aussi à la fin. Le parcours du héros montre un enchaînement de calculs et pas à quel point l'existence dépend d'un coup imprévisible du destin.

16 novembre 2005

Beurk : l'entrée dans l'hiver

Voir les arbres se dénuder et la température chuter ; ne plus pouvoir vivre les fenêtres ouvertes, chez soi ou dans sa voiture ; aller au boulot de nuit et revenir du boulot de nuit ; ranger les t-shirts et les sandales, sortir les cols roulés et les écharpes ; s'inquiéter du bon fontionnement du chauffage ; avoir les lèvres gercées ; subir les avaries de l'électricité statique ; noter "potage" dans sa liste de courses toutes les semaines ; envisager de devoir très bientôt remettre du fond de teint ; avoir de moins en moins envie de sortir ; réaliser que Noël est proche et que l'heure des bilans de fin d'année va arriver ; avoir froid et penser que ce n'est que le début ; entendre que cet hiver va être particulièrement rigoureux ; se dire que le prochain printemps est très, très loin....
Beurk, je déteste entrer dans l'hiver.

13 novembre 2005

Lecture : San Antonio

J'ai une passion indélébile pour les vieux San-Antonio. Comme tout polar passant sous mes yeux, je les oublie aussitôt, en ce qui concerne l'intrigue en tout cas. Je m'y plonge régulièrement avec délices à cause de la langue.
Non seulement c'est drôle, mais c'est aussi érudit, impertinent et intelligent. Mes passages préférés sont peut-être ces lignes où, invariablement dans chaque opus, le fameux San-Antonio s'en prend directement à la bêtise de son lecteur, fustigeant ici son conformisme, là son hypocrisie, ailleurs sa bêtise. J'adore aussi tout particulièrement les scènes de séduction où les descriptions de jolies filles sont à crever de rire et où les scènes d'amour des parties de zygomatiques en l'air pas piquées des hannetons.
Quand on sait que Frédéric Dard en a publié plusieurs par an pendant des années, on ne peut qu'être émerveillé par son incomparable verbe.
J'avoue cependant ne collectionner et ne me gargariser que des oeuvres publiées jusqu'en 1972 ; il me semble qu'après cette date, l'auteur a commencé à tomber dans la vulgarité et la facilité. On ne goûte, me semble-t-il, à la véritable saveur du talent de Frédéric Dard, que dans ces écrits antérieurs à cette date. Mais il y a déjà de quoi se repaître.

11 novembre 2005

Musique : Juliette

Il y a tout chez cette femme-là, et je viens de la voir sur scène pour la troisème fois sans me lasser une seconde. C'est une voix extraordinaire, une présence géniale, des textes époustouflants, une musique infiniment délectable. Et tout est varié. N'importe qui devrait y trouver de quoi faire son bonheur : les amateurs de piano classique trouveront des mélodies virtuoses ("Sur l'oreiller"), ceux de balades émouvantes auront de quoi tirer la larmichette dans certaines de ses compositions ("Une lettre oubliée"), il y a aussi de quoi rire ("Mémère dans les orties", "Tout est bon dans le cochon"), des idées ("Lucy", "Retour à la nature"), de l'osé ("Irrésistible"), de l'épique ("La vierge Eponine", "Fantaisie héroïque"), de l'émotion pure ("Garçon manqué"), etc etc. Et je ne peux pas décrire sans l'appauvrir la qualité de ses spectacles, qui sont, bien au-delà de simples concerts, des moments de plaisir, de joie, de musique tels que je n'en ai jamais vécus.

10 novembre 2005

Lecture : La Malédiction d'Edgar, de Marc Dugain

J'avais très envie de lire ce livre. Pour l'Histoire, car cette période m'était parfaitement inconnue, et puis par attirance pour le genre littéraire choisi par l'auteur : des mémoires fictives. Question Histoire, j'ai appris des choses sur les présidents américains : mon goût des ragots a été relativement comblé. Mais pour ce qui concerne la psychologie des personnages et notamment celle des deux personnages principaux, à savoir Edgar Hoover et Clyde Tolson, j'ai été déçue. Peut-être l'ai-je mal lu ; toujours est-il que je n'ai pas l'impression d'avoir côtoyé et compris ces deux grandes figures de l'histoire des états-unis. Ils me sont restés très flous. Je ne me suis pas ennuyée, mais je n'ai pas été captivée et je n'ai pas non plus le sentiment d'avoir appris grand-chose.

09 novembre 2005

Lecture : Une Vie française, de Jean-Paul Dubois

Sorti tout récemment en format poche, ce roman est une pure merveille. Parce que tout y est, et que tout s'y mêle avec crédibilité et appétit. C'est drôle et triste à la fois, distrayant et instructif, banal et extraordinaire. Je ne me souviens pas avoir ressenti un tel sentiment de proximité et de voyage en même temps avec un personnage. On suit de bout en bout l'existence d'un petit garçon qui devient un homme, un mari, un amant, un artiste, un père, avec pour fil directeur des chapitres les présidents qui se sont succédé. Le contexte historique est vu d'un point de vue réaliste, subtil et jamais démonstratif. Les épisodes dramatiques ne sont jamais larmoyants et les passages comiques sont attendrissants. C'est peut-être l'humilité du personnage de Dubois qui le rend si attachant et si profond. J'envie ceux qui vont le découvrir.

08 novembre 2005

De la liberté et l'amour

La liberté est un bien infiniment précieux, un privilège, une chance. Cette liberté est aussi synonyme de solitude, dans les mauvais jours.Dans l'incertitude d'être amoureuse en ce moment, je me rends compte qu'il n'y pas que vivre à deux, en famille, avec des enfants, qui prive de liberté. Aimer, c'est déjà renoncer à une part de liberté.
Mais je ne suis pas sûre que ce soit une mauvaise chose : je me dis tout doucement que se sentir un petit peu appartenir à quelqu'un d'autre a quelque chose de très doux, de confortable, de rassurant et de plaisant. Pas forcément, ou pas encore, aliénant.
Et puis la liberté pour quoi faire ? Qui sait vraiment l'utiliser ? Qui en profite tout le temps, tous les jours, comme une condition sine qua non de bonheur vrai ? La vraie liberté, c'est peut-être de connaître et de savoir gérer ses dépendances. De ne pas y être totalement assujetti tout le temps, tous les jours...

07 novembre 2005

Cinéma: Les Noces funèbres, de Tim Burton.

Pas de bol, le jour où je décide d'aller voir le dernier Tim Burton, deux classes de bambins braillards avaient eu la même idée. Pourtant, l'art de l'auteur d'Edward aux mains d'argent a su se montrer magique une fois de plus : les chères têtes blondes n'ont pas moufté. Et c'est vrai qu'il y avait de quoi rester fasciné : le dessin animé gracieux et émouvant, musical et un peu gothique, fantaisiste et triste aussi, est au sens propre, charmant. L'histoire, dans le fond, n'est pas franchement originale, et le graphisme est le même que celui de L'Etrange Noël de Monsieur Jack, mais on passe un délicieux moment, me semble-t-il.

06 novembre 2005

Lecture : La Sirène rouge, de Maurice G. Dantec.

Il s'agit d'un polar (tiens, j'aimerais bien savoir d'où vient ce mot). C'est le premier que je lis de cet auteur. Il est épais (le polar, pas l'auteur) et plutôt bien ficelé. Mais je ne suis pas sûre de la garder en mémoire très longtemps. Les polars ont en général sur mon esprit cet effet d'être investis, dévorés et aussitôt oubliés. Hormis Ellroy et les premiers volumes des enquêtes du Harry Bosch de Michaël Connelly dont la couleur reste gravée.
Le roman de Dantec ne va pas échapper à la règle. Du suspense, des rebondissements, de l'attente et une fin heureuse (ou presque), rien n'y manque. Un surcroît d'horreur et une point de mysticisme pas tout à fait crédibles, ajouterais-je. De quoi cependant se changer les idées et s'immerger. Mais rien d'impérissable.

05 novembre 2005

De la séduction et de l'amour

Il y a une différence essentielle entre le fait d'être séduit par quelqu'un et d'en être amoureux. Ce sont deux choses très différentes que l'on confond souvent, parce qu'évidemment dans les deux cas, il y a attirance. Peut-être faut-il forcément être séduit pour aimer mais en aucun cas la séduction n'est à confondre avec l'amour. De là proviennent bien des douleurs, des erreurs, des désillusions.Peut-être nos vies seraient-elles plus faciles, plus "saines" si l'on savait reconnaître cette différence et l'importance à accorder à l'un et à l'autre. Fréquenter quelqu'un qui nous séduit me semble assez délicieux, sans qu'il soit indispensable d'aller plus loin que le simple copinage. Avoir régulièrement sous les yeux quelqu'un que l'on aime et avec qui l'on ne vit qu'une accointance familière est beaucoup moins agréable et supportable. Le désir que l'on éprouve n'est pas non plus de la même nature : on devrait pouvoir désirer et faire l'amour avec quelqu'un qui nous séduit sans bouleverser son existence, sans s'embarrasser de préjugés ou d'interrogations. On devrait ne pas considérer et vivre l'acte amoureux qui participe, dans l'idéal, d'une histoire, de la même manière.

03 novembre 2005

Prague (2)

Dans cette capitale, j'ai cherché les traces d'une population et d'un pays qui a connu le joug communiste.
C'est une nation qui s'est révoltée lors du "Printemps de Prague", et un étudiant s'est même immolé par le feu pour protester contre la dictature. C'est un pays qui a fait la "Révolution de velours" en 89, et obtenu le retour à la démocratie à force de manifestations dans les rues ; les images de la place Wenceslas envahis par les Pragois mettent les larmes aux yeux.
J'ai trouvé des musées et des reconstitutions mais pas de marques perceptibles à mon regard de touriste. Peut-être l'hostilité très fréquente des Tchèques dans les commerces de Prague est-elle une manifestation de cette période de leur histoire.

02 novembre 2005

De l'amitié défaillante


Un ami défaillant ne nous rend-il pas plus fort ? Nous avons souvent tendance à compter sur d'autres, à les écouter ou à les suivre, alors que nous pourrions avancer et résoudre seuls. Il est évident que cela est même improductif parfois, de ne pas compter sur soi-même. Et puis s'attacher à un ami de façon profonde, totale, est dangereux, car la plus grande amitié n'est jamais parfaite mais faillible, me semble-t-il. Cet autre est un tel enrichissement, un tel appui, un tel repère... Cet autre avec qui l'on parvient à partager et à être... Comment admettre ses moments d'imperfection ?
On est toujours tout seul, au fond. D'aucuns parviennent à nous le faire oublier, de temps en temps : c'est une chance merveilleuse, incomparable, plus grande encore que l'amour peut-être. Mais c'est un sentiment d'effroyable solitude quand ils nous délaissent.

01 novembre 2005

De la "France"

Il y a quelques années encore, je disais - avec conviction - que c'était une chance de vivre dans ce pays qu'est la France. Et j'en suis de moins en moins convaincue.Nous vivons dans un pays vieux, et sans doute trop vieux.Nous subissons le poids d'une histoire, grandiose, imposante, belle. Mais nous n'avons plus rien d'un grand peuple et d'un grand pays, à part nos vieux monuments et nos vieilles histoires. Pourtant nous nous en orgueillissons toujours et nous ne savons pas nous renouveler. Nous manquons cruellement de créativité, d'énergie, d'enthousiasme et de renouveau. Notre société ne crée plus, n'ose plus : nous engrangeons seulement les technologies et les idées qui viennent d'ailleurs, de pays plus dynamiques comme les états-unis, tout en les critiquant bien sûr, avec mépris et condescendance. Il ne fait plus bon vivre en France quand l'écart se creuse entre les dirigeants et le peuple, arrivant à des incohérences incroyables et qui pourtant ne font rien évoluer : le non au referendum ne bouleverse pas la vie politique, les grèves ne soulèvent plus les foules et ne changent rien au système, les prix augmentent, alimentant ostensiblement les caisses de l'état (autoroutes, essence, cigarettes...), tandis que les classes moyennes s'endettent parce que le pouvoir d'achat baisse continuellement. Il ne fait plus bon vivre en France quand on sait qu'au diplôme ne correspond plus ni emploi ni niveau de vie. Il ne fait plus bon vivre en France quand les villages meurent de la concurrence des supermarchés, quand les petites entreprises ferment à cause de la concurrence et du totalitarisme du coût, quand on n'ose pas se lancer dans des créations devant les difficultés administratives et les risques financiers.
Ah oui, il nous reste nos ruines...